Togo: Seth Kokou Gozan évincé du gouvernement:

Les dessous d’un limogeage humiliant

11 mars 2011

Kokou Gozan éjecté du gouvernement comme un malpropre et humiliéEn prenant l’avion le samedi 26 février aux côtés du Premier ministre Gilbert Houngbo pour une mission au BENELUX (Belgique, Netherland, Luxembourg), Seth Kokou Gozan ne pouvait imaginer un seul instant que Faure Gnassingbé, son prétendu neveu pourrait lui faire subir la plus importante humiliation de sa vie en mettant fin à ses fonctions.

Selon un membre de la délégation, le ministre Kokou Gozan était en pleine discussion avec l’ambassadeur du Togo en Belgique Félix Sagbo, lorsque le Premier ministre Houngbo envoya le chercher pour lui annoncer la malheureuse nouvelle. On pouvait imaginer dans pareil cas, la réaction de Gozan. Selon toujours la même source, le ministre Gozan est retourné à son hôtel, a fait sa valise et mis le cap le lendemain sur Lomé.

Les limogeages des ministres à la hussarde et sans explication sont devenues monnaie courante avec le pouvoir de Faure Gnassingbé. On se souvient encore des cas Payadowa Boukpessi et Yves Madow Nagou. Difficile de savoir si dans le cas d’espèce, le Premier ministre a été associé à la décision. Et pourtant c’est la Constitution togolaise en son article 78 qui fait du premier ministre le Chef du gouvernement. Le limogeage humiliant du ministre Gozan appelle à une série d’observations sur la nature même du pouvoir RPT et ses méthodes surannées.

D’abord sur la personnalité de Kokou Gozan, précédemment conseiller économique de Faure Gnassingbé. On se demande ce qu’il est allé chercher au juste dans cette galère pour se faire humilier de la sorte par ceux qui n’ont pas le dixième de ses compétences. Lorsqu’on a fait toute sa carrière à la BECEAO  et qu’on a fini au poste de Directeur national jusqu’à la retraite, on a suffisamment de quoi passer une retraite tranquille. On devrait disposer d’une pension largement supérieure au salaire d’un ministre togolais et de nombreux avantages, notamment une assurance-vie. Et si malgré la retraite, on estime qu’on a encore la force de travailler, pourquoi ne pas créer un cabinet de consultant pour des missions nationales et internationales?

Le sieur Gozan visiblement n’était pas satisfait de tout cela pour refuser de s’embarquer dans le bourbier RPT. Les considérations ethniques ont pris le dessus et voilà comment on le remercie comme un vulgaire bandit. Le système RPT a la manie de ridiculiser les hommes de valeur, les faire passer pour des incapables, et Gozan, pour n’avoir pas pris de hauteur avant de suivre Faure Gnassingbé, en paye aujourd’hui le prix, et de la façon la plus humiliante.

Ensuite, tout le monde s’accorde à dénoncer la manière dont il a été limogé. Cette manière qui dévalue l’Etat et ceux qui l’incarnent. «Le Togo est un pays unique en son genre, vous ne pouvez pas limoger un ministre qui est en pleine mission pour convaincre à l’extérieur les investisseurs, de venir chez vous. Quelle  que soit la gravité de la faute, vous attendez son retour pour lui trouver une porte de sortie qui ne discrédite pas l’ensemble du gouvernement», a déclaré un universitaire qui a appuyé ses propos par la manière dont le Président Sarkozy s’est séparé en douceur de Michelle Alliot-Marie, malgré la polémique qui enflait à son sujet à propos de son déplacement controversé en Tunisie. En le faisant quitter précipitamment la délégation à Bruxelles alors qu’il devait mener des discussions avec des partenaires, quelle image le Togo a-t-il donnée à ses interlocuteurs?

Il faut avouer que les raisons qui sont avancées ici et là pour justifier ce limogeage ne tiennent pas la route. Pareille humiliation faite à Seth Kokou Gozan ne pouvait découler de l’attribution du monopole de l’importation du riz à une «maîtresse» de la République. Pour qu’on en vienne à agir de la sorte au sommet de l’Etat, il faudrait que monsieur Gozan soit impliqué dans une préparation de coup d’Etat en instance d’exécution.  L’attribution du monopole de l’importation du riz à une maîtresse du «Prince» ne devait pas à priori valoir cette sentence sévère, tant la pratique est devenue une habitude depuis six ans. Cela fait belle lurette que ces «femmes aux dessous fertiles» ont pris la République en otage sans que personne ne s’étonne ou ne crie au scandale.

Parlant justement de celle par qui le scandale est arrivé, ses dégâts ne datent pas d’aujourd’hui. Avait-on limogé le ministre de l’Environnement quand cette dame en compagnie d’un Indien reconverti dans les mines, a coupé sur toute l’étendue du territoire les tecks pour les vendre à l’extérieur? Avait-on sanctionné le ministre du Commerce d’alors quand cette dame avait inondé en amont de la présidentielle du 4 mars 2010 le marché d’un riz au label Faure vendu à 2010 F CFA?  Cette dame apparemment insatiable bénéficie de passe-droits à la douane pour faire rentrer au Togo des tonnes de marchandises. Le Directeur des douanes a-t-il pour autant perdu sa place? Les exemples peuvent être multipliés, y compris même dans le gouvernement actuel de Faure Gnassingbé. Le ministre Seth Kokou Gozan a-t-il été débarqué du gouvernement pour avoir donné le monopole de l’importation du riz à cette dame, ou paye-t-il le prix d’une certaine «collaboration» trop poussée au contour flou avec cette dernière?
 
Autant d’interrogations sans réponses pour le moment. Mais une chose est certaine, un gouvernement, ce sont des directives, et on ne voit pas comment le sieur Gozan aurait pu aller sur ce terrain sans l’aval de ses supérieurs. En mettant fin de façon aussi humiliante aux fonctions du ministre du Commerce et de la Promotion du secteur privé Kokou Gozan, Faure Gnassingbé vient de prouver qu’il ne gouverne sur la base d’aucun programme, d’aucun projet, d’aucune vision, mais sur des humeurs. Son acte n’a pas pour objectif de mettre de l’ordre dans la maison, mais juste de punir quelqu’un qui s’est peut-être par mégarde, aventuré sur un terrain réservé. Le Togo, il faut le dire, est l’otage depuis quelques années d’une race de femmes, maîtresses de leur état  dont les faits et gestes plombent la République. Le cas Gozan en est une illustration parfaite.

Mensah K