Cercle N'KRUMAH KWAME (CINK)

01 mai 2016

TOGO

A propos du mot d’ordre ABLODÉ.

Il ne fait aucun doute que pour de nombreux togolais, cette cause se résume à un simple mot «ABLODÉ». C’est un mot d’ordre, un slogan magique que nous avons hérité de nos parents et grand parents qui avaient affronté le colonialisme français. Un mot d’ordre magique que nous avons repris pour notre compte, aujourd’hui, parce qu’il a gardé toute sa force mobilisatrice... Mais pour que cette mobilisation, cette organisation dont nous appelons de tout nos vœux reste effective, nous devons donner un contenu politique clair et limpide à ce mot d’ordre, à ce slogan magique.

Dans les années 1950, en effet, le mot d’ordre «ABLODÉ» avait un contenu précis et concret. Il résumait l’aspiration majeure du peuple togolais, la cause de l’indépendance, la lutte pour la fin du colonialisme français. C’était un slogan que l’on répétait en toute connaissance de cause, et qui résonnait comme un appel au combat. Mais aujourd’hui, nous constatons avec peine que la plupart du temps, on se contente de crier «ABLODÉ», sans se demander ce que cela peut signifier aujourd’hui. Comme si nous étions encore à la veille de cette journée historique du 27 avril 1958, comme si la situation n’avait pas évolué depuis lors !

En d’autres termes, ce mot d’ordre de combat tend de plus en plus à se réduire à un slogan dépourvu de toute perspective, sans aucun lien avec une cause bien définie, un simple slogan de meeting que l’on se contente de répéter mécaniquement.Pour que ce noble mot d’ordre retrouve sa véritable actualité, et par là sa légitimité et sa raison d’être, il faut qu’il corresponde à nos aspirations et à nos revendications d’aujourd’hui. Hier, le peuple luttait pour l’indépendance, pour la fin du colonialisme français.

Le mot d’ordre «ABLODÉ», c’est  la lutte pour l’indépendance véritable.

Il semble à première vue surprenant de parler encore aujourd’hui de lutte pour l’indépendance, alors que nous affirmons que nous sommes indépendants, que nous célébrons chaque année, le 27 avril, la fête de l’indépendance. Seulement force est de constater que nous ne sommes pas réellement indépendants. L’image vue sur Internet et sur les réseaux sociaux en août 2010  de cet officier français, Romuald Létendo invectivant et menaçant des journalistes togolais et se comportant à Lomé comme en terrain conquis, suffit à résumer la situation qui prévaut dans notre pays et sur le continent après une cinquantaine années d’indépendance...

Il ne fait plus de doute que ceux qui nous dominaient au temps colonial, continuent à nous dominer aujourd’hui, et notre indépendance n’est pas réelle. Le colonialisme battu par la victoire du 27 avril 1958, a fait place à un colonialisme de type nouveau, un colonialisme indirect: la France continue de nous dominer par le biais de la dictature oligarchique du clan Gnassingbé qu’elle continue de soutenir, à travers la domination économique, politique et  culturelle... Les divers accords de coopération qui nous lient à la France ne sont que des accords de sujétion à celle-ci. Il en est ainsi de l’accord de coopération militaire qui permet à la France de préparer les FAT dans ses entreprises d’agression et de répression contre notre peuple et contre les peuples de la sous -région, comme on l’a vu pendant la crise en Côte d’Ivoire en 2002-2011 !

Le mot d’ordre «ABLODÉ», aujourd’hui,  c’est la lutte pour en finir avec ce colonialisme de type nouveau, pour notre indépendance réelle. L’indépendance réelle, c’est la possibilité pour notre peuple de prendre lui-même, son destin entre ses mains. Au nom de cet idéal, nous devons dénoncer et combattre toute ingérence extérieure dans nos affaires intérieures et dans notre processus démocratique. Notre processus démocratique se construit au Togo, pas à Ouaga, Colmar, Paris ou à New-York, et n’a nul besoin de «d’observateurs, de facilitateurs»,  etc. ! 

 Nous remarquerons également qu’aucun dirigeant de l’UFC ou de l’ANC qui se réclament du mot d’ordre Ablodé ne met en cause la domination de la France comme un obstacle à notre indépendance et à notre démocratie.Ces organisations qui se parent du titre nationaliste, continuent comme les autres partis de parler de «puissances amies», et montent en épingle comme une «victoire» la moindre rencontre avec un fonctionnaire élyséen ou les représentants de l’impérialisme international. Même s’ils continuent de crier d’une manière démagogique  «ABLODÉ», ils vont sans aucun doute  à l’encontre de cet idéal.

Pour les démocrates, à l’instar de ceux qui luttent sous la bannière de la plate forme Togo En Lutte; Ablodé, c’est la lutte pour les libertés démocratiques, pour la destruction du système dictatorial. La lutte pour les libertés démocratiques, c’est la lutte pour des élections justes libres et transparentes; c’est la lutte pour la fin de l’’arbitraire, pour la suppression et l’abolition de toutes les lois et mesures liberticides concernant la presse, les manifestations…C’est une revendication que tous les faux démocrates regroupés au sein des clubs électoraux (CAP-2015/ANC, CAR, CDPA, UFC etc.) mettent en avant aujourd’hui. Mais ils oublient l’essentiel, cette vérité évidente, à savoir qu’il n’est pas possible d’instaurer les libertés démocratiques dans un régime qui reste sous la domination de ce système  dictatorial et mafieux qu’est le système UNIR-RPT.

Il est  évident que le mot d’ordre «ABLODÉ» implique donc la lutte pour le démantèlement complet du système UNIR-RPT et de ses avatars quelque soit  le nom qu’ils se donnent. Il est évident que tous ceux qui oublient cette exigence trahissent cet idéal.

Le mot d’ordre ABLODÉ, c’est aussi la lutte pour une justice sociale.

L’expérience de tous les jours nous montre que les libertés démocratiques deviennent une simple fiction, quand la majorité de la population n’a pas le minimum nécessaire pour se nourrir, soigner et s’éduquer alors qu’une petite minorité fait étalage d’un luxe insolent.

Déjà au XVIII ème siècle, sous la Révolution française un militant révolutionnaire affirmait: «la liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément ; l’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable». Ces paroles, prononcées il y a plus de deux cents ans, gardent encore toute leur actualité. Il resort clairement qu’il n’est pas possible d’exercer réellement son droit de citoyen quand on a le ventre vide. Il suffit de penser à tous ceux qui,  lors de l’élection présidentielle en mars 2015 au Togo et tout récemment en mars 2016 chez nos voisin béninois, en sont réduits à vendre leur vote pour pouvoir manger.

Dans ces conditions, le mot d’ordre «Ablodé» doit donc signifier également la lutte pour l’instauration d’un régime qui assure à tous les citoyens les droits sociaux indispensables: le droit à la nourriture, le droit à la santé, le droit à l’éducation. C’est la lutte pour un régime d’indépendance réelle, c’est-à-dire capable de mettre fin au pillage de notre économie par des capitalistes étrangers; c’est la lutte pour un régime qui représente réellement le peuple et qui se montre soucieux de mettre nos richesses à la disposition de ce dernier, au lieu de les détourner au profit d’une minorité d’étrangers et de nationaux.  Bref c’est la lutte pour un régime de démocratie sociale.

Toutes ces définitions de Ablodé doivent figurer dans notre  programme  politique et dans celui  de tous les partis et organisations qui se réclament de la démocratie.

Le mot d’ordre ABLODÉ et l’expérience de luttes des peuples

Sans nul doute, on peut aisément faire un parallélisme entre le mot d’ordre Ablodé des années 1950-1960 et le mouvement démocratique amorcé depuis octobre 1990. Nous n’allons pas remonter toute l’histoire... néanmoins on peut ouvrir une petite parenthèse sur la lutte des autres peuples, le peuple tunisien surtout,  par rapport à notre propre expérience. A cet égard, l’exemple que nous a offert le peuple tunisien avant, pendant  et après la chute du dictateur Ben Ali est fort instructif.

En janvier 2011, dès le début de son soulèvement, le peuple tunisien s’est fixé un objectif, qu’il a résumé par ce simple mot «Dégage!»: c’est-à-dire le départ inconditionnel du dictateur Ben Ali. C’est pourquoi, en toute logique et à juste titre, il s’est refusé à toute idée de dialogue ou de conciliation avec le pouvoir, et qu’il n’a pas hésité à écarter sans ménagement tous ceux qui osaient prôner une telle démarche. Il n’a jamais été question en Tunisie, de dialogue, de conférence nationale de table ronde. Mais ce n’est pas tout.

Le peuple tunisien a bien compris que le simple départ de Ben Ali n’était pas une condition suffisante pour instaurer la démocratie. C’est pourquoi il s’en est pris au parti dictatorial, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) l’équivalent du RPT/UNIR  de chez nous. Il a attaqué et s’est emparé du siège et des bureaux de ce parti, il a exigé et obtenu sa dissolution. Dans le même sens, il a fait mettre en jugement et condamner Ben Ali (par contumace) et les plus hauts dirigeants, privés de droits civiques. Dans cette situation nouvelle où la peur a désormais disparu, l’élection d’une assemblée constituante s’est déroulée dans de bonnes conditions de transparence et de justice, sans qu’il y ait eu besoin d’intervention extérieure. La Tunisie n’aurait certainement pas connu un tel résultat, si Ben Ali était resté en place...

C’est ce qui aurait dû se passer chez nous en 1990-1992. Contrairement au peuple tunisien, le peuple togolais qui voulait se débarrasser de son despote, s’est laissé impressionner, endormir, par des personnalités politiques et religieuses qui ont réussi à lui imposer la voie du dialogue et de la conciliation. On n’a même prétendu que le départ de l’autocrate Eyadéma «créerait un vide politique!» Le résultat, nous le connaissons.

Alors qu’ils se réclament des héritiers du CUT,  les dirigeants de l’UFC, comme ceux actuels de l’ANC ont participé honteusement à cette politique de trahisons en allant de négociations en élections bidons, pour maintenir les nouveaux représentants du colonialisme français au pouvoir. Ils ont trahi le concept d’Ablodé. Il faut les écarter sans procès de la direction du mouvement démocratique et ce n’est qu’une question de temps.

 Mais pour  ce qui nous concerne, nous avons désormais retenu la leçon: la politique de conciliation et de dialogue avec le pouvoir est incompatible avec l’idéal d’«Ablodé». C’est la raison de nos divergences politiques et organisationnelles avec les partis et organisations qui participent aux négociations avec la dictature.Nous devons nous en démarquer pour montrer le chemin, la voie de la libération aux véritables héritiers d’Ablodé.

Le mot d’ordre ABLODÉ c’est aussi un fonctionnement démocratique

Nous ne pouvons pas prétendre lutter pour la démocratie, si nous ne donnons pas nous-mêmes l’exemple en appliquant au sein de nos propres  organisations, les règles de fonctionnement démocratique.

Ces règles comportent:

  • l’élection régulière et périodique des dirigeants ;
  • la définition de la ligne politique par l’ensemble de l’organisation dans des assises régulières, et non pas par la direction;
  • l’obligation pour les dirigeants de rendre périodiquement et régulièrement compte de leurs actions à l’ensemble de l’organisation, afin que ce dernier puisse en juger.

C’est tout cela que le noble mot d’«Ablodé» doit signifier aujourd’hui.C’est cet «Ablodé»-là qui doit être la seule cause qui vaille la peine qu’on continue de se battre, et qui doit nous rassembler aujourd’hui.

 C’est dans ce but que nous lançons un appel pressant à tous les compatriotes en exil, en les invitant à se regrouper autour de ces grands points de réflexion. Si nous y parvenons, alors les défaillances et les trahisons individuelles de tel ou tel dirigeant n’auront qu’une importance secondaire, que nous pourrons toujours régler. Alors, nous pourrons reconstituer et refaire du mouvement démocratique, une arme de combat, capable d’entraîner le peuple dans sa conquête de la démocratie véritable.

À bas le néocolonialisme !

À bas l’imperialisme francais et ses valets locaux !

Vive la flamme de la  lutte ABLODÉ !

Vive la lutte émancipatrice des peuples Togolais !

Bruxelles, le 27 avril 2016

Le Togo En Lutte

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Infos : www.togoenlutte.org

Contact : togoenlutte@gmail.com

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28 avril 2016

« L'image démocratique que le Bénin reflète à l'extérieur est déformée et surfaite »

Interview mise en ligne le mardi 12 avril 2016 Par le Journal d'Afrique n°20 du mois d'avril.

Jean Kokou ZOUNON, 64 ans, est un Ingénieur statisticien économiste, ancien Directeur général de l'Institut national de la Statistique et de l'Analyse économique du Bénin et ancien Directeur du Plan d'Etat à la retraite.

Premier Porte-parole de la Convention Patriotique des Forces de Gauche (et porte-parole du PCB), il nous donne les clés pour comprendre le Bénin d'aujourd'hui et de demain.

Cette interview est extraite du Journal d'Afrique n°20 du mois d'avril 2016.

Alors que les Nigériens, les Congolais et les Sénégalais contestent les résultats des élections organisées le 20 mars dans leur pays respectif, les Béninois ont connu le successeur du président Boni Yayi moins de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote.A votre avis qu'est-ce qui fonde l'exception béninoise ?

Je vous remercie pour cette question. Je voudrais faire quelques rappels pour mieux situer ma réponse. Déjà sous la colonisation, l'occupation n'a pas été acceptée même si les affrontements ne sont pas allés jusqu'à une guerre généralisée contre la domination coloniale. Les gouverneurs se succédaient et certains n'ont pas pu faire un mois. Après l'indépendance, les luttes contre le néocolonialisme et pour les libertés au Dahomey de l'époque se sont traduites par une cascade de coups d'Etat militaires entre 1960 et 1972 au point de faire qualifier notre pays "d'enfant malade de l'Afrique". Ces luttes ont conduit au refus et au départ de la base militaire française du pays en1964. C'est dire qu'il y a au niveau du peuple béninois une certaine tradition de lutte pour les libertés et contre la domination étrangère.

L'existence et la ténacité du Parti Communiste du Bénin depuis 39 ans tiennent de cette tradition. Ensuite, personne ne comprendra jamais rien de ce qui se passe au Bénin, surtout nos frères Africains, s'ils ne connaissent pas les conditions dans lesquelles notre peuple a mis fin à la dictature de KEREKOU et comment la Conférence Nationale tant vantée de février 1990 est intervenue.

Comme vous le savez, KEREKOU est un dictateur qui a maintenu notre peuple sous sa férule pendant 17 ans. Toute l'année 1989, notre peuple a engagé des luttes héroïques sous la direction du Parti Communiste du Bénin. Luttes qui ont abouti à la chute du pouvoir de KEREKOU, plus précisément le 11 décembre 1989. C'est de ce jour que date la fin de son pouvoir autocratique. C'est pour empêcher notre peuple de prendre son destin en main avec à sa tête le Parti Communiste du Bénin que la France a poussé à la tenue de la Conférence nationale. KEREKOU ne pouvait pas refuser les conclusions de la Conférence Nationale ; le rapport de force dans le pays n'était plus en sa faveur. Nos frères Africains qui n'ont pas compris cela ont cru que c'est KEREKOU le magnanime qui a offert la démocratie au peuple béninois. En Argentine, au Chili, vous n'entendrez jamais personne féliciter le dictateur vaincu d'avoir libéré son peuple de la dictature. Nos frères Africains qui voulaient imiter les Béninois ont permis aux dictateurs africains de se maintenir au pouvoir à travers des Conférences nationales non précédées d'un rapport de force en faveur du peuple. L'exception béninoise, c'est la tradition de lutte et l'existence ici d'un puissant Parti Communiste qui est toujours à côté du peuple pour lui faire éviter les chausse-trappes que lui tendent ses ennemis. Si ZINSOU n'avait pas accepté sa défaite, et/ou si les organes chargés des élections opéraient des tripatouillages en sa faveur, le peuple se serait soulevé contre lui et son mentor YAYI Boni. Q

Quelle a été pour vous la plus grosse surprise de cette présidentielle ?

La plus grosse surprise de la présidentielle 2016, c'est la candidature de Lionel ZINSOU, un homme issu du sérail politique français que YAYI Boni a imposé à la hussarde à son Parti comme son candidat et qu'il a voulu imposer au peuple béninois comme son successeur pour couvrir ses turpitudes.

On s'est demandé si ses parrains français nous prenaient pour des demeurés pour penser faire une OPA sur notre pays et imposer ainsi un nouveau gouverneur colon à la tête de notre Etat !

On s'est demandé ce qui autorise et justifie un tel mépris pour notre peuple. Pourquoi avez-vous multiplié communiqués et actions sur le terrain contre le candidat Lionel ZINSOU ? Comme je l'ai dit tantôt, la candidature de Lionel ZINSOU a été une provocation de la FrançAfrique contre notre peuple. Le temps où l'on décidait du sort des peuples africains dans les salons dorés de l'Elysée est révolu. Voilà pourquoi, dès que la candidature de Lionel ZINSOU a été actée, notre Parti a appelé à la résistance. Lionel ZINSOU, c'est d'abord un français qui a aussi la nationalité béninoise ; un défenseur acharné du franc CFA, lequel permet à la France de pomper nos revenus financiers ; un saboteur du projet de la CEDEAO d'aller vers une monnaie régionale commune ; c'est celui-là même qui a conçu avec Hubert Védrine un rapport qui indique comment la France va renforcer sa domination sur l'Afrique.

Lionel ZINSOU, c'est un nouveau colon tout comme le franco-sénégalais DODDS qui avait mené la guerre de colonisation contre BEHANZIN. Il fallait lutter contre la recolonisation, contre la remise en cause de la souveraineté formelle conquise en 1960.

Notre Parti a effectivement alerté le peuple. Il a élargi ses liaisons avec toutes les organisations, les partis et personnalités politiques pour vaincre le nouveau colon.

Seul et/ou avec ces organisations, la Convention Patriotique des Forces de Gauche et le Front de Refus du BéninWaxala, il a organisé des dizaines de conférences, des déclarations, confectionné et multiplié des centaines de milliers d'affiches, organisé des centaines de meetings sur toute l'étendue du territoire, encouragé la jeunesse à faire des graffitis, à fustiger les soutiens du colon.

Vous me permettrez de rendre un hommage au Président SOGLO pour le rôle éminent qu'il a joué dans cette lutte. Tout ceci a réveillé un vent patriotique, nationaliste, par rapport auquel chaque candidat, chaque citoyen devait se prononcer. Le vent patriotique s'est amplifié au fur et à mesure de la campagne au point où le rejet de Lionel ZINSOU était partout visible dès la fin de janvier 2016 et où tout le monde savait qu'il ne pouvait gagner que par la fraude. A partir de ce moment, nous avons appelé à organiser des Comités populaires antifraude. Dès lors, le sort de Lionel ZINSOU était scellé et toute proclamation contraire à sa défaite aurait provoqué probablement de grands remous dans le pays.

Les organes chargés des élections ont dû se tenir à carreau.

Avez-vous été surpris par la victoire de Patrice TALON ?

Pas en tant que tel. En effet, comme vous le savez, la candidature de Lionel ZINSOU a changé la donne pendant ces élections. Les élections au Bénin sont généralement une foire aux enchères avec la distribution ouverte de sous aux électeurs, l'achat des voix, les tripatouillages des urnes. Il n'y a donc pas d'élections démocratiques.

Le colonisateur français et l'ex président Boni YAYI ont pensé qu'avec cela, Lionel ZINSOU pouvait gagner. Mais, l'éveil patriotique et le bilan désastreux de Boni YAYI ont plombé Lionel ZINSOU. Mais ne pouvait gagner que celui qui pouvait bien placer suffisamment de sous à distribuer et se montrer opposant farouche à Boni YAYI.

Quel aura été son principal atout selon vous ?

Le principal atout de Patrice TALON, c'est d'abord qu'en tant que principal bailleur de fonds des partis et hommes politiques au pouvoir du Bénin ; dès qu'il a annoncé sa candidature, tout ce monde s'est mis au garde à vous.

Ensuite, il est apparu aux yeux de l'opinion comme persécuté par YAYI Boni qui l'a forcé à l'exil pendant 3 ans. Enfin, il a eu la chance d'être allé au deuxième tour contre Lionel ZINSOU que la majorité de la population rejetait.

Sur Radio France internationale le 23 mars, le candidat malheureux Lionel ZINSOU a indiqué que sa défaite est due à la volonté de « rupture plus radicale » des Béninois.Pensez-vous que l'homme d'affaires Patrice Talon, ancien proche collaborateur du président Boni YAYI soit vraiment l'homme de la rupture ?

Pendant 10 ans, YAYI Boni a mis le pays sens dessus dessous. En 2006, s'il avait été élu, c'est parce que le peuple voulait le changement car les 10 ans de KEREKOU, de 1996 à 2006, ont été des années de vol et de pillage à grande échelle. Le slogan de YAYI Boni à son arrivée, c'était le changement ; 5 ans après, constatant la déception populaire, il a parlé de « refondation ». C'était pire. C'est pour cela que le peuple parle de la rupture.

En fait, il s'agit de la rupture avec tout ce que le peuple a vu avec le pouvoir de YAYI Boni et avec le pacte colonial afin de permettre un décollage économique du pays. Et aucun homme ne peut à lui seul opérer la rupture que veut le peuple. C'est pourquoi beaucoup de gens appellent, comme nous, à la réunion d'Assises nationales, des Etats généraux du peuple pour donner un contenu et une feuille de route à la rupture. La rupture ne peut être, par conséquent, la chose d'un seul homme, ou d'un groupe d'individus, même s'il lui revient de l'impulser.

A votre avis, quelles doivent être les priorités du nouveau président qui a indiqué lors de la campagne qu'en cas de victoire il ne ferait qu'un seul mandat ?

La première priorité du Président devrait être la convocation des Etats Généraux pour voir quelle est la situation réelle du pays.

Je vous ai parlé tout à l'heure des 10 ans d'échec de KEREKOU et des 10 ans d'échec de YAYI Boni ; cela veut dire qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce système du renouveau démocratique né il y a 25 ans. Le pays est gangrené, enlisé dans la corruption, la fraude. On doit s'asseoir pour faire le bilan et repenser les fondements de la gouvernance du pays. Ce sont ces Etats Généraux qui indiqueront ce que le peuple appelle la vraie rupture.

Deuxièmement il faut commencer tout de suite la lutte contre l'impunité qui est la gangrène qui tue notre pays. Il faut identifier les auteurs des crimes économiques, des crimes politiques, qui doivent rendre gorge.

Il faut refondre complètement l'administration qui est si politisée qu'elle est complètement inefficace. Il faut supprimer les concours frauduleux et punir leurs auteurs.

Au-delà de cette image de pays démocratique que le Benin reflète à l'extérieur, qu'elle est le niveau de vie des Béninois et comment cette démocratie se vit-elle concrètement ici ?

L'image démocratique que le Bénin reflète à l'extérieur est déformée et surfaite. Jusqu'ici, au Bénin, trois électeurs béninois sur cinq (60%) ne savent ni lire ni écrire. Ils ne peuvent être conseillers communaux, car il faut connaître le français, déclarée la seule langue officielle du pays.

Peut-on parler de démocratie si les 3/5 des électeurs sont exclus de leur droit d'éligibilité ? Ceux qui ont commis des crimes sous la dictature de KEREKOU de 1972 à 1990 sont impunis pendant qu'en Argentine, au Chili et ailleurs, les tortionnaires sont jugés et les victimes indemnisées. Moi qui vous parle, j'étais directeur du Plan d'Etat sous KEREKOU ; dès que j'ai été identifié comme membre du Parti Communiste, j'ai été pourchassé et j'ai dû entrer en clandestinité de 1985 jusqu'à la chute de la dictature en 1990.

Ici, l'impunité des crimes politiques règne comme méthode de gouvernement et les victimes de la lutte pour la démocratie, de 1972 à 1990 ne sont ni réhabilitées ni indemnisées. C'est pourquoi je dis que l'image de notre pays est surfaite. En ce qui concerne le niveau de vie des populations, vous pouvez l'imaginer avec le taux d'analphabétisme de 60% des adultes en cette époque dite de l'information et de la communication. La misère règne partout. L'Ecole est en ruine. Le chômage déguisé en sous-emploi frappe plus de la moitié de la jeunesse. Plus de la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour. La corruption est endémique et l'impunité érigée en système de gestion permet l'enrichissement et l'arrogance de la classe dirigeante qui vit dans un luxe insolent en contraste avec la vie du bas peuple qui tire le diable par la queue.

La jeunesse est sans perspective ; les diplômés sans emploi sont légion et sont obligés de s'adonner à de petits boulots. Les élections dans ces conditions sont plutôt des foires d'enchères où l'électeur, le conseiller communal, le député sont achetés.

Plutôt qu'un régime démocratique, c'est une ploutocratie qui s'est instaurée au Bénin. Seules les libertés publiques, conquises dans la rue avec la douleur, la sueur et le sang contre la dictature de KEREKOU sont jusqu'à présent âprement défendues pied à pied et permettent l'expression quelque peu libre des opinions.

Propos recueillis par Olivier Atemsing Ndenko

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31 mars 2016

BENIN

UN SURSAUT PATRIOTIQUE OU UN EFFONDREMENT DANS LA CONTINUITE

Notre pays le Bénin, est à un tournant de son histoire. En effet, le Bénin est de nouveau dans l’impasse. Cette impasse est si visible et si criarde qu’elle ne peut plus se cacher. Plus personne ne la nie. La crise est politique, économique, sociale, morale et éthique. Tout indique que nous abordons la fin d’un cycle. Les concours truqués, le procès Dangnivo avec les signes évidents d’un crime d’Etat, les scandales à répétition et surtout l’impunité qui constitue la clé de voûte du système montrent qu’autre chose est appelée. Face à cette situation et comme à l’accoutumée, beaucoup de voix s’élèvent pour proposer des solutions selon les intérêts qui ne sont pas nécessairement ceux des travailleurs et du peuple.

            I-         La reconnaissance unanime de la faillite du Renouveau démocratique

Que le pouvoir de Boni Yayi ait conduit le pays dans le gouffre, seuls les bénéficiaires de la gouvernance scabreuse actuelle le nient. La faillite de celui qui est venu avec les promesses de Changement puis de Refondation est patente et sans appel et se décline dans tous les domaines et sur tous les tons.

 

 

1-   De la gouvernance désastreuse de Boni Yayi……

En 2006 après les 10 ans de Kérékou-2 au pouvoir, la situation était presque pareille. Kérékou qui venait de finir ses deux mandats dont le deuxième obtenu dans des conditions rocambolesques après un match amical au deuxième tour en 2001 dont tout le monde se souvient avec Bruno Amoussou, ne voulait pas lâcher le pouvoir. Pour cela, son ministre des finances, Antoine Sèhlin, déclarait qu’il n’y avait pas d’argent pour organiser les élections. Pour terroriser et faire pression sur le peuple, Kérékou a fait revenir le tortionnaire Martin Azonhiho comme ministre de la défense ; et tout ceci après avoir vainement tenté de modifier la Constitution. La mobilisation populaire a fait échouer les prétentions de Kérékou. Le peuple était prêt à jeter son dévolu sur n’importe qui, pourvu que Kérékou s’en aille. Voyant que ses chances de rester au pouvoir ne pouvaient prospérer, Kérékou refila en sous-main, en accord avec l’impérialisme français qui l’avait déjà adoubé, Yayi Boni au peuple qui croyait avoir trouvé celui qui allait le délivrer des maux dont il souffrait. Après le changement, puis la refondation, Yayi Boni est en train de finir ses 10 ans exactement comme Kérékou sinon pire avec un pays sens dessus sens dessous.

Le pouvoir qui est venu en criant que «ça doit changer, ça peut changer et ça va changer» s’est révélé le continuateur jusqu’à la fin de tous les forfaits du Renouveau démocratique : attaques constantes contre les libertés, crimes de sang, pillage des ressources publiques et des citoyens, braderie du patrimoine public, fraudes, tripatouillages électoraux.

Boni Yayi et son équipe se sont mis, dès leur installation en 2006, à la tâche de piller systématiquement le pays et ses ressources. Il commença par rejeter la revendication de la publication des audits du pouvoir de Kérékou, impunité oblige. La voie était libre pour la cascade sans fin des scandalesles uns plus scabreux que les autres : Icc-service, CEN-SAD, machines agricoles, centrale électrique de Maria-gléta, avions et hélicoptères présidentiels, siège du parlement, Pvi, Sodéco, Lépi truquée, Fonds Fadec, Ppea2, etc. Les entreprises publiques sont systématiquement pillées, détruites pour être offertes en bradage à des acquéreurs étrangers : Affaire Sbee, Sobemap, Bénin-télécom, Port autonome. Les concours d’entrée à la fonction publique sont truqués et ne sont que des placements et des ventes de postes par Boni Yayi et ses acolytes. De même, les attributions des marchés publics, des primes et subventions sont soumises à des ristournes en termes électoraux ou financiers. Les crimes de sang ont accompagné Boni Yayi tout au long de son règne. L’un des auteurs présumés du meurtre du juge Coovi, le sieur Gbadamassi est un des soutiens et chantres les plus zélés de Boni Yayi. Les débuts du procès de l’enlèvement et de la disparition de Pierre Dangnivo, un cadre du ministère des finances, ont révélé l’implication directe du Chef de l’Etat et de sa police politique dans ce crime. De même que l’assassinat de son ex-ministre, dame Bernadette Sohoudji Agbossou apparaît comme un crime d’Etat.

Les attaques contre les libertés ont abouti au retrait du droit de grève aux douaniers qui protestaient contre le Pvi. Des projets de texte anti-grève menacent la jouissance des libertés constitutionnelles. Des manifestations publiques sont interdites de façon arbitraire et réprimées de façon sauvage. Tout le monde a encore en mémoire la répression sanglante de la marche conduite par des responsables syndicaux le 27 décembre 2013. On aura vu des préfets interdire même des réunions en salle, et ces préfets zélés sont promus même à des postes ministériels.

La corruption systématique et sans fard des responsables véreux dans le milieu syndical et associatif réduit les droits de représentation des travailleurs et des citoyens et entretient une faune de responsables traîtres et commerçants au profit du pouvoir. Les chefs religieux de toute confession ainsi que les dignitaires traditionnels sont soumis par la pression financière aux désidératas de Boni Yayi. Son parti, les FCBE, s’est transformé en un parti-Etat qui peut tout se permettre, par qui doit passer la jouissance par le citoyen de tout droit : les libertés et l’accès aux média publics, un marché public, une subvention d’Etat, un emploi public, une promotion administrative.

Ce n’est plus le mérite ni l’effort qui déterminent le succès et la promotion, mais le parrainage ou la rançon.

On nous prédisait la fin ou tout au moins l’atténuation de la fraude et des tripatouillages des élections avec l’élaboration d’une Lépi. On nous en a vanté tous les avantages. Certains sont allés jusqu’à déclarer que la Lépi, un instrument électoral, serait le socle de la démocratie. Yayi a, là encore, eu le génie de montrer tout ce que le pouvoir peut en tirer comme assurance à la réalisation de ses desseins. La Lépi aura informatisé tout simplement la fraude et les tripatouillages. Les listes ainsi que des logiciels de traitement informatique truqués donnent les résultats déjà préprogrammés. Boni Yayi, avec la Lépi, réalisera un hold-up électoral et inaugurera «un coup, KO» qui devient maintenant la règle en Afrique.

Pour accomplir tous ces forfaits, Boni Yayi s’est appuyé sur le fondement du régime du Renouveau :l’impunité consacrée avec l’immunité personnelle octroyée au chef tortionnaire et pilleur Mathieu Kérékou. Il avait connu et compris que si ceux qui hier «avaient bouffé avec la cuillère» n’avaient pas été punis, il est loisible à ceux qui veulent et peuvent «bouffer par la louche» de le faire également sans être inquiétés. Au bilan, le pays est dans le gouffre. Pour tout le peuple, le scénario catastrophe redouté en 1999, celui dit du Waxala est présent. La misère s’est étendue. L’Ecole est en ruine : sans maître du cours primaire à l’université, quatre enseignants sur cinq au secondaire sont des vacataires, des échecs massifs aux examens, (un candidat sur deux échoue au BEPC et deux sur trois échouent au bac) et un chômage endémique à la fin. L’administration est déglinguée. La jeunesse est en déshérence. La probité et le patriotisme, les valeurs cardinales pour relever et reconstruire le pays, en berne.

Devant l’évidence et l’ampleur du désastre, il devenait difficile de ne pas prendre du recul, de ne pas rechercher où nous avions trébuché. La critique du système en place est objectivement mise à l’ordre du jour. 

2-   … A la reconnaissance de la faillite du renouveau démocratique

Se retrouver devant une telle catastrophe dix ans après avoir chanté avec Boni Yayi le changement, après avoir participé avec lui à la marche «verte» contre la corruption, a obligé certains de ses anciens partisans à reconnaître qu’ils s’étaient trompés, qu’ils avaient trompé le peuple. Roger Ahoyo reconnait qu’ils avaient « pris un leurre pour le vrai changement » et que « nous nous retrouvons, dix ans plus tard,gros jean comme devant, face à un champ de ruines » (Bénin, après Boni Yayi ; in «La Nouvelle Tribune» du 12 octobre 2015).

Ensuite, Boni Yayi, en se basant sur les pouvoirs mêmes de la Constitution, s’est naturellement assujetti toutes les institutions, les réduisant à des caisses de résonnance. Il a pu se réjouir publiquement du fameux Pin-in-Pan-an entre lui et le président de l’Assemblée nationale. La solidité d’un édifice ne se mesure vraiment que quand il est secoué. A l’épreuve, l’édifice construit par la Conférence nationale montrait au monde entier des contrefaçons monstrueuses. Tous ceux qui vilipendaient le PCB pour avoir osé analyser, prouver et conclure que la Conférence nationale était un marché de dupes sont mis devant les faits. Roger Ahoyo écrit : «La dernière décision de la Cour constitutionnelle, qui a créé la confusion sur l’âge requis pour être candidat à l’élection présidentielle ; cette décision a convaincu tout le monde qu’il faut revisiter toutes nos institutions, (souligné par nous) à commencer par la Cour Constitutionnelle » (Bénin, après Boni Yayi ; in «La Nouvelle Tribune» du 13 octobre 2015).

Victor Topanou, quant à lui, dans une discussion postée sur sa page facebook en octobre 2015, déclare : « Aujourd’hui tous les gens sérieux sont unanimes pour reconnaître que le Bénin est dans l’impasse… Les deux seuls points qui font encore débat, c’est premièrement la nature de l’impasse et deuxièmement comment en sortir. 

En ce qui concerne la nature de l’impasse, il ne s’agit sans doute pas d’une impasse comparable à celle de 1989-1990 ; à l’époque, il s’agissait d’une crise de l’Etat béninois devenu incapable de remplir les fonctions essentielles qui sont celles d’un Etat moderne à savoir éduquer, soigner, nourrir et sécuriser.Aujourd’hui, il s’agit d’une crise de notre démocratie ou plus précisément de notre modèle démocratique. » (souligné par nous).

Dans sa parution du 20 novembre 2015 Numéro 1324, le journal «La Croix du Bénin» écrit dans un article intitulé « La déroute des partis politiques » ce qui suit : « A y voir de près, et on ne le dira jamais assez, la situation est préoccupante. A priori, avec un peu de recul, c’est comme si 25 ans après la Conférence des forces vives de la Nation de février 1990, la démocratie béninoise est sur le point d’être désorganisée» (souligné par nous).

Le constat est donc sans appel. Désorganisation de la démocratie béninoise, crise de notre modèle démocratique, revisiter toutes les institutions, voilà le résultat auquel, « à y voir de près », « a priori, avec un peu de recul », aboutit le journal «La Croix», 25 ans après la Conférence des forces vives de la Nation. Après avoir usé et ruiné le peuple, le modèle tourne au cauchemar. Victor Topanou écrit: « le vote s’achète et la fraude électorale est érigée en élément surdéterminant de la victoire. Les institutions qui par nature incarnent le vrai, le juste, le beau sont ici tournées au service du faux, de l’injuste et du vilain. L’impunité et la corruption généralisée sont érigées en modèle de société, (…). Tous les corps de la société sont gangrenés ». 

3-   …. Et à la caractérisation du système politique au Bénin

Un système politique se caractérise d’abord par le mode d’ascension et de renouvellement des organes du pouvoir. Dans la monarchie, l’ascension est réservée à une famille royale et donc sur le droit de sang. Dans une république, c’est le peuple qui détient la souveraineté et si cette république est démocratique, l’ascension se fait par l’acquisition de la majorité des voix. Or, au Bénin, comme l’exprime bien Victor Topanou, malgré le code électoral « le vote s’achète et la fraude électorale est érigée en un élément surdéterminant de la victoire…. En un mot l’impasse démocratique que nous traversons peut se résumer au rôle malsain, qu’à la faveur de notre démocratie, nous faisons jouer à l’argent.». «La Croix du Bénin», dans la parution citée plus haut, écrit dans son éditorial titré « Impasse ! » ce que tout le monde sait : « Elections du chef quartier, du conseiller communal, du député et des membres du bureau de l’Assemblée se font au vu et au su de tout le monde sur fond d’argent ». L’ascension et le renouvellement au pouvoir se font sur la base de l’argent et de la fraude. On n’est plus alors dans le cadre d’une république démocratique, mais dans le cadre d’un régime politique où le pouvoir appartient aux riches. Nous sommes alors dans le cadre d’une ploutocratie. La consécration de l’impunité permet l’édification en quelques années de richesses colossales à ceux qui sont en affaire avec le pouvoir. L’impunité crée des cercles aptes à la fraude, des réseaux de type mafieux. Le système politique au Bénin est une ploutocratie mafieuse. Bien sûr, dans toute république bourgeoise, l’argent joue un rôle, notamment dans l’accès aux infrastructures de propagande, mais pas dans l’achat des électeurs, des élus et des membres des structures d’organisation des élections. Ici et plus généralement en Afrique francophone, il s’est instauré une systématisation de la fraude et des élections truquées. Et le pouvoir d’Etat, une fois conquis, est exercé au profit de ces riches mafieux, où chaque service d’Etat, chaque poste de l’administration, chaque adjudication d’un marché public, etc. est mis sur le marché occulte au plus offrant et le plus riche gagne. La domination impérialiste en fait une république ploutocratique mafieuse bananière où les désirs de l’ancien colon, qui détient également une puissance financière, font lois. Le système mis en place par la Conférence nationale de 1990, par la légalisation de l’impunité dont la fameuse immunité personnelle accordée au chef tortionnaire et pilleur Mathieu Kérékou, a abouti dans les faits à un régime ploutocratique de type mafieux qui consacre cette impunité. Alors, se pose de façon frontale, la question de que faire ? 

II-        Les propositions de solutions en cours.

Lorsque l’on examine les discours et déclarations des différents partis et candidats, on peut classer les propositions de solution en trois groupes : la continuité, les réformes de replâtrage, la révolution.

1-   Boni Yayi et la continuité de sa gouvernance calamiteuse

Pour Boni Yayi et son parti-Etat, les FCBE, la solution réside dans la continuité. « Après nous, c’est nous », telle est leur volonté ouvertement déclarée. Les critères pour la désignation du candidat des FCBE à la prochaine présidentielle le stipule clairement. Il faut que le candidat assume le bilan de Boni Yayi et s’engage à continuer son œuvre. La continuité signifie que les arrières du pouvoir corrompu soient protégés, que les crimes politiques et économiques restent impunis et que se poursuive et se renforce la mainmise de l’impérialisme français et des puissances étrangères sur le pays. On doit se souvenir que Boni Yayi a été officiellement adoubé par la France avec sa décoration par Chirac en 2005. La continuité signifie l’accord de la France au candidat. Le candidat de Boni Yayi doit être désigné, comme cela avait été son cas, de commun accord avec l’impérialisme français.

La continuité n’empêche pas des réformes d’un certain ordre. Celles permettant et facilitant le pillage ainsi que la duperie et le musellement du peuple. Le projet de révision de la Constitution conçu dans le sens d’un renforcement des lois antidémocratiques (retrait du droit de grève à des secteurs entiers de travailleurs, diminution des prérogatives du parlement, multiplication des organes budgétivores, etc), est toujours sur la table des députés. Mais, pour la continuité, rien ne doit se faire contre la racine du fléau que constitue la corruption, l’impunité.

Au contraire, les droits et les libertés des travailleurs doivent être amputés pour plus de libertés aux pilleurs et aux fraudeurs de toutes catégories.

A défaut d’une immunité, Boni Yayi et ses partisans sont alors à la recherche de celui qui sera le mieux à même de lui couvrir les arrières et poursuivre l’œuvre de pillage du pays. Le maître impérialiste français qui se sent également les intérêts menacés en Afrique par d’autres puissances, dont la Chine, veut relancer une offensive afin de regagner le chemin perdu. Il faut, plus que jamais, raviver le pacte colonial. On assiste alors à une croisade de reconquête de type colonial avec la multiplication des bases militaires et des guerres de la France en Afrique: Côte-d’Ivoire, Libye, Mali, Tchad, Centrafrique, etc. Le soutien à des dictateurs avérés demeure également d’actualité. On l’a vu avec le soutien de François Hollande au référendum de Sassou N’guesso du Congo Brazzaville pour la révision de la Constitution en vue de permettre à ce dernier de se perpétuer au pouvoir. Le couloir pour l’acheminement des produits du Niger, la proximité d’avec le Nigéria, première puissance en Afrique, font du Bénin un point stratégique dans l’offensive de l’impérialisme français en Afrique. Pour l’ancien colonisateur, il faut un président entièrement dévoué et ancré dans la FrançAfrique.

Les agences de l’impérialisme français avaient depuis conclu au discrédit total des partis et dirigeants politiques hauts bourgeois du Bénin. Un article de leur politologue attitré pour le Bénin, Monsieur Banégas, publié en septembre 2013 par le journal «La Nouvelle Tribune» indiquait cette conclusion. Donc, pour l’impérialisme français, il fallait explorer d’autres voies. A cette aune, il y a d’une part et d’abord des éléments forgés directement par la grande bourgeoisie française, des hommes évoluant dans les cabinets français concepteurs et défenseurs de la FrançAfrique. Lionel Zinsou en est un. Il y a ensuite et à défaut, des hommes que les affaires et les intérêts économiques lient à la France et aux puissances étrangères. Ici, les compradores, les hommes d’affaires acteurs du pacte colonial, feront bien l’affaire pour l’ancien colonisateur. Pourvu qu’ils s’engagent à couvrir les arrières de Boni Yayi.

Ce dernier a avancé d’abord un premier pion en la personne de Komi Koutché La Cour Constitutionnelle de Holo avait, à cet effet, traficoté à son profit la loi fondamentale sur l’âge requis pour être candidat. Les protestations populaires ont grillé cette carte. Yayi avance alors un autre, Lionel Zinsou, débarqué directement de Paris comme premier ministre pour l’imposer comme le candidat unique des FCBE.

1.1 Lionel Zinsou, le nouveau gouverneur en mission de la FrançAfrique

Lionel Zinsou est parfaitement dans la peau du gouverneur colonial. Dans un entretien comme invité de RFI le mardi 1er décembre 2016, il dit « La FrançAfrique, c’est un mythe …… désormais les rapports de domination et d’exclusive sont des choses qui n’existent plus qu’à l’état résiduel et folklorique ». (Cf. «l’Evénement Précis», n° 1537 du mercredi 02 décembre 2015). Mais alors, serait du folklore, l’exfiltration de Compaoré par les soins de l’armée française lors du soulèvement populaire au Burkina Faso, exfiltration reconnue et revendiquée par François Hollande en visite peu de temps après au Canada. Est-ce un folklore le soutien du gouvernement français d’alors aux rebelles en Côte-d’Ivoire et puis à Ouattara contre Gbagbo ? Pensant pouvoir évoluer en tenue camouflée, Lionel Zinsou, tente de dissimuler la nature de son armée de la FrançAfrique en la traitant de mythe. C’est dans le même ordre d’idée qu’il fait l’éloge du franc CFA, l’un des dispositifs clé de la FrançAfrique.

Répondant aux critiques contre le franc CFA, Lionel Zinsou dit : « le franc CFA, est une monnaie d’intégration africaine entre 13 pays africains, (…) ce qui est très important pour des grands marchés intérieurs (…) c’est une monnaie stable, prévisible, dont la parité est fixée sur l’euro ». Mr Zinsou parle pour faire oublier l’histoire. Le franc CFA, le franc des colonies françaises d’Afrique, avait une parité fixe avec le franc français ; elle n’a eu une parité fixe avec l’euro qu’à partir du moment où le maître français est entré dans l’euro. On n’a pas demandé l’avis des peuples africains, en tout cas pas celui du Bénin, pour cette trainée dans l’aventure européenne. Le peuple français, directement par référendum ou par le biais de ses représentants au parlement est consulté au sujet de tout accord international relatif à sa souveraineté. Il en a été ainsi par exemple du traité de Rome II établissant une Constitution pour l’Europe que le peuple français a rejeté par référendum le 29 mai 2005. D’autres peuples européens, bien que membres de l’Union Européenne, consultés au sujet de l’Euro, ont refusé par référendum d’entrer dans la zone euro. Il en a été ainsi du Danemark en l’an 2000. Mais, la françAfrique, prolongement de la colonisation et du pacte colonial, entraine les peuples et pays africains francophones, sans demande de leurs avis formels, dans toute aventure décidée par et pour la France. La FrançAfrique, la voilà en œuvre palpable.

Parlant du rôle intégrateur du franc CFA, toutes les statistiques montrent que l’économie du Bénin est plus intégrée à celle de son voisin le Nigéria qu’avec celle du Sénégal par exemple également dans la zone franc CFA. Il en serait certainement ainsi dans l’avenir au vu de la communauté de frontières physiques, de rapports humains et historiques.

La situation est pareille pour le Niger, le Tchad, le Cameroun, pays voisins du Nigéria. Quelle intégration réalise alors le franc CFA ? Pas celle en tout cas au profit des pays africains, mais, une intégration ou plutôt une subordination à l’économie de la France.

Une monnaie d’intégration profitable au Bénin devrait être celle commune entre le Nigéria et ces pays. Evidemment, Lionel Zinsou militerait pour l’extension du franc CFA aux pays anglophones, le Nigéria et le Ghana, pour la CEDEAO. Mais cela se heurterait au mécanisme du compte d’opération, le fameux compte logé au Trésor français et dans lequel les pays d’Afrique francophone doivent déposer leurs recettes d’exportation. Mais « c’est quelque chose qui pourrait tout à fait s’aménager », veut bien concéder Lionel Zinsou.

Mais une servitude qui s’aménage demeure toujours servitude. Diminuer le niveau des dépôts au Trésor français n’est pas la clé de la résolution du problème. Aujourd’hui, un opérateur économique résident de la zone franc ne peut avoir un compte bancaire en devises ; le soutien à l’industrie est handicapé par les obstacles draconiens au refinancement par les banques centrales. Au sein des conseils d’administration de ces banques centrales, (BCEAO et BEAC), siègent des représentants de la France, de même que dans les Comités de crédit dans chaque pays. La voilà, la FrançAfrique en œuvre. C’est à ces instances que sont fixés les taux de base prohibitifs pour les investissements industriels, afin de ne pas entraver l’importation des produits manufacturés de la métropole. Même l’agriculture, en dehors des produits nécessaires aux métropoles (coton, arachide, etc.) est pénalisée par des taux d’intérêts bancaires exorbitants et prohibitifs. Ainsi tant que la souveraineté monétaire ne sera pas conquise, l’industrialisation et partant le développement de l’Afrique et du Bénin ne sera pas assurée. Mais, tel n’est pas l’avis de Lionel Zinsou. La fierté nationale, la souveraineté des peuples africains et du peuple béninois ne compte pas pour lui. Avec lui, la continuité et le renforcement dans le pillage de notre pays sont assurés.

C’est donc naturellement avec dédain qu’il juge les protestations contre la gestion calamiteuse de Boni Yayi et les scandales politico-financiers qui jalonnent ses dix ans de règne. « Les scandales, c’est autre chose » dit-il, dans une interview au journal «La Nouvelle Tribune» en date du 22 juin 2015; et d’ailleurs, poursuit-il « Je ne pense pas quand on compare le Bénin à beaucoup d’autres pays que nous soyons un pays si mal gouverné que le pense une partie de l’opinion béninoise. Je les invite à regarder le monde entier ». Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat. D’ailleurs, c’est en présence du nouveau premier ministre que se déroulent les nouveaux concours frauduleux, les états de siège contre les étudiants en lutte à Abomey-Calavi contre les sessions uniques, l’inscription sélective dans les facultés, ou plus généralement l’exclusion des fils des pauvres de l’enseignement supérieur public. Celui-là qu’on nous vante comme au-dessus de la mêlée, qui par sa soi-disant culture exempte de la fraude et des tripatouillages parce que n’ayant vécu et travaillé qu’en France, celui-là n’a pas pipé mot contre les fraudes grossières des derniers concours. Il ne s’est pas gêné d’aller signer le marché des rails obsolètes des temps coloniaux avec Bolloré, en violation du contrat déjà signé au profit de Dossou Aworet. Il ne s’est naturellement pas ému du parjure flagrant de Boni Yayi qui déclare ouvertement ne pas se soumettre à une décision de la justice condamnant cette cession à Bolloré. Avec Lionel Zinsou, Boni Yayi a trouvé celui qui peut couvrir ses arrières en accord avec le maître impérialiste français. La continuité dans l’impunité des crimes politiques, de la fraude est également garantie. Le pays aura rétrogradé au rang d’une colonie.

1.2 Les autres candidats de la continuité

La presse a relayé et critiqué le voyage sur convocation à Paris, début novembre 2015 des principaux candidats potentiels. Outre Boni Yayi et Lionel Zinsou, il y avait Sébastien Ajavon, Patrice Talon, Pascal Iréné Koupaki. Il apparaissait clair que Paris entendait dicter ses règles et consignes.

Il y avait déjà une indication que les autres candidats qui se présentent, notamment les plus gros, ne se démarquent pas du pacte colonial et pour certains de la gestion calamiteuse de Boni Yayi. Koupaki par exemple ne s’est pas jusqu’à ce jour démarqué de Boni Yayi. Il pérore à propos d’une «Nouvelle conscience» qui aurait manqué au niveau des populations pour l’accomplissement des objectifs de « changement et de refondation » que lui et Boni Yayi se seraient fixés en 2006. Après s’être fait l’apôtre et le propagandiste de la Refondation suite au hold-up électoral de 2011, le voilà maintenant le gourou d’une «nouvelle conscience», sans aucun scrupule de reddition des comptes au peuple de sa participation active au pouvoir, à la droite de Boni Yayi pendant 8 ans. Les nombreux scandales, Icc-services, Cen-sad, Sodéco, PVI, avions présidentiels, machines agricoles, etc., sont de son ressort. Du reste, rien dans le programme de Koupaki n’indique une rupture d’avec la gestion de Boni Yayi, ni d’avec le pacte colonial.

Certains généraux militaires s’étaient annoncés dans la course à la présidence. On sait que pour être officier général au Bénin, il faut l’accord (ou tout au moins l’avis de non objection) de la France qui opère par la formation, l’armement. Yayi Boni en a nommé par pelletées pour s’assurer le soutien de l’armée. Les plus zélés sont utilisés dans des missions occultes ou officielles pour des coups fourrés à l’intérieur comme à l’extérieur. Ceux qui, maintenant à leur retraite, se présentent à l’élection présidentielle sont également bien connus dans de gros scandales sous le pouvoir de Kérékou-2 et 3 et de Boni Yayi. Même et surtout à la retraite, les plus zélés sont entretenus dans des réseaux divers de la FrançAfrique.

En ce qui concerne les opérateurs économiques, Talon et Ajavon, leur prétention à la présidence de la république a pour fondement la faillite et le discrédit des hauts bourgeois bureaucrates et de leurs partis. Leur candidature s’inscrit, non pas dans la suite de leur militantisme connu et ouvert dans un parti, mais dans le cadre de la république devenue ploutocratique mafieuse. Les deux opérateurs économiques, sont tous des compradores, c’est-à-dire des hommes d’affaires chargés pour l’un, Talon, de drainer les matières premières brutes, le coton, sans transformation, de notre pays vers l’extérieur, et le second, Ajavon, d’inonder notre pays, de marchandises produites à l’extérieur. Tous deux sont donc dans la logique du pacte colonial qui a pour objectif de maintenir notre pays comme fournisseur de matières premières et comme consommateur de produits importés.

Il est donc faux de dire que Talon serait au Bénin un industriel. L’égrenage du coton n’est pas encore une transformation industrielle, pas plus que le décorticage de l’arachide ou du riz.

Quant à Ajavon, ses affaires consistent à l’inondation du marché de produits étrangers de pêche, d’élevage, d’huile et maintenant de tissus. C’est dire que ces deux opérateurs, de par leurs relations économiques dans le cadre du pacte colonial, sont agents et sujets à la soumission à la FrançAfrique.

Financeurs jusque-là des bureaucrates hauts bourgeois et de leurs partis qui, en retour, leur renvoyaient l’ascenseur en leur assurant des facilités exceptionnelles de l’Etat dans leurs affaires, les deux grands compradores ont pu constater la faiblesse, la veulerie, la fourberie de ces dirigeants des partis hauts bourgeois qui étaient devenus leurs obligés. Le système électoral ne reposant que sur la distribution de l’argent pour l’achat des voix et le paiement de la fraude, la tentation de ceux qui finançaient est grande et justifiée de se lancer eux-mêmes dans la course. Point n’est besoin d’un programme, de militantisme au sein d’un parti. Les partis eux-mêmes peuvent être achetés et les enchères sont connues. Et déjà, l’on voit des responsables de partis, qui pour certains s’étaient déclarés candidats auparavant, se convertir en propagandistes zélés en faveur de ces «télécommandes».

Il est clair qu’avec les compradores directement au pouvoir, l’Etat sera complètement mis au service de leurs affaires privées. Il est difficile dans ces conditions qu’ils veuillent permettre au peuple de voir clair dans les nombreux scandales financiers sous le pouvoir de Boni Yayi. La rupture est par conséquent difficile, voire impossible. En ce qui concerne la gestion de l’Etat, ce ne sera plus un partenariat public-privé, mais une soumission complète du public par le privé, autrement dit un partenariat « Privé-Privé ».

Le pays est donc véritablement en danger. Il est clair que Boni Yayi et l’impérialisme français mobiliseront tous leurs réseaux officiels et occultes pour tenter d’imposer leur candidat. Les élections à coup de distribution d’argent et de la fraude donnent des avantages au candidat colon commun de l’impérialisme français et de Boni Yayi ; elles constituent par conséquent une couverture de la recolonisation 55 ans après notre indépendance formelle. A l’échec de chaque pion, ils en mettront un autre en avant. Les évolutions objectives possibles du modèle démocratique failli, avec des élections à coup d’argent et de fraude sont la rétrogradation soit vers un Etat de type colonial ou vers une continuité du désastre. Au lieu de voir ces évolutions objectives possibles que seul un sursaut populaire peut conjurer, des théoriciens de la bourgeoisie libérale proposent des solutions de replâtrage pour endormir davantage le peuple. 

2-   Les propositions de maquillage de la continuité

2-1- A propos de la transition politique sans renversement du régime

Devant le désastre et le chantier de ruines, des propositions de sortie de l’impasse sont avancées. Roger Ahoyo se place d’emblée dans le cadre de l’issue de la prochaine élection présidentielle. Après avoir montré que « nous nous retrouvons, dix ans plus tard, gros jean comme devant, face à un champ de ruines », et répondant à que faire, il dit : « le prochain président doit opter pour un programme de reconstruction nationale ». Autour de ce président, « nous devons organiser un large rassemblement » avec des Assises nationales. « Je vois le prochain président comme un Homme de transition devant mettre en œuvre un grand programme de redressement ; et c’est l’organisation d’Assises nationales qui doit lui permettre - d’accepter de mettre en œuvre un programme national et consensuel, - de constituer une équipe nationale pour l’aider à mettre en œuvre ce programme»…« A la différence de la Conférence nationale, elles (les assises) ne prendront pas des décisions exécutoires ; mais elles proposeront, à un président déjà élu, des éléments pour compléter son programme minimum pour en faire un Programme de redressement National (PRN) ». (Op.cit.) Par ailleurs, Roger Ahoyo a fait des propositions entrant dans le cadre de ce programme minimum.

Disons-le tout de go, du moment que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient, naturellement tous les candidats accepteront de bonne grâce toutes les propositions qui leur permettront de caresser les populations dans le sens du poil et de les mystifier. Les auteurs des propositions pourraient être cooptés dans l’équipe du président élu pour leur aptitude à mystifier les masses. Tel est d’ailleurs l’un des objectifs donnés à ces assises par Roger Ahoyo, « constituer une équipe pour aider à mettre en œuvre son programme », autrement dit, offrir ses services de courtisan au nouveau président. Mais, si l’on est sérieux et soucieux du sort du peuple, avant de faire des propositions, il faut s’assurer que l’on a affaire à un président qui peut écouter la voix du peuple, sur lequel les travailleurs et le peuple ont un contrôle. Combien de colloques, combien de forums proposant des décisions non exécutoires sur tels et tels sujets ont eu lieu depuis le renouveau démocratique et surtout depuis le pouvoir criminel de Yayi Boni ? Parler d’Assises avec des décisions non exécutoires avec un président élu par un scrutin truqué par la distribution de l’argent et la fraude revient à proposer de passer de la chaux sur un édifice lézardé et en ruines.

Aujourd’hui, comme Roger Ahoyo et d’autres, tous les candidats autres que Lionel Zinsou, parlent de transition. Me Abraham Zinzindohoué dit « Pour moi, le prochain mandat est un mandat de transition » («La Croix du Bénin» n° 1324 du 20 novembre 2015). Mais qu’est-ce que c’est une transition politique. Dans quelles conditions intervient-elle ?

Notre ancien garde des sceaux et ancien président de la Cour suprême ne nous en dit rien. Or, une transition politique est un régime d’exception qui intervient après la négation du système politique antérieur et qui permet le passage à un régime politique nouveau. Roger Ahoyo donne les exemples des Assises qui ont donné des forces à des transitions politiques. Il s’agit des commissions pour la rédaction et l’adoption de la Politique Nouvelle d’Indépendance Nationale en 1972 ainsi que la Conférence des Forces vives de la nation de février 1990. Mais, il oublie de signaler et de mettre en relief les conditions de la tenue de telles assises. Dans les deux cas, il y a eu un acte fondateur, un acte de négation et de rupture brusque d’avec le pouvoir constitutionnel antérieur. En langage constitutionnel, il s’agit d’un Etat de fait. En 1972, un coup d’Etat a mis fin au pouvoir du Conseil présidentiel ; en 1990, des mouvements populaires culminant le 11 décembre 1989 ont renversé le pouvoir autocratique de PRPB-Kérékou. Ce sont ces événements de rupture politique qui ont inauguré ces transitions. A contrario, l’assemblée générale des cadres convoquée par Kérékou en 1979 et les nombreux autres forums sous Kérékou-2 (la conférence économique de 1996 entre autres) et sous Boni Yayi n’ont rien donné de nouveau, parce que se déroulant dans le cadre du système en place et sous la direction du Président déjà élu dans le cadre de ce système. Parler de transition politique sans au préalable une remise en cause, un renversement du régime en place revient à couvrir de vernis la continuité de ce régime. C’est une pure tromperie.

Ensuite, une transition politique dure un an, deux ans au plus ; puisqu’il s’agit d’un régime d’exception. Elle dure le temps de poser les fondements d’un nouveau régime et d’élaborer une nouvelle Constitution sur ces bases. Instaurer, comme on le voit déclamer par certains candidats, une transition pendant cinq ans, parler d’un mandat (quinquennal) de transition reviendrait à instaurer un régime d’exception pendant cinq ans. Cela correspondrait bien à un Etat de type fasciste.

Dans le même ordre d’idée de la transition, dans une déclaration le dimanche 8 novembre 2015 sur «Radio Soleil», Albert Tévoédjrè parle d’un gouvernement de salut public. « Pour gouverner le Bénin dès 2016, il faut un gouvernement de salut public ». Nous disons là également que sans rupture, sans révolution, il ne peut y avoir un véritable gouvernement de salut public.

      « Ce qu’enseigne l’histoire, c’est qu’un gouvernement de salut public est un gouvernement de fait, qui surgit après une grave crise politique, (coup d’état, révolution, soulèvement ou insurrection populaire) et qui met entre parenthèse la Constitution et toutes les institutions qui en dépendent. Il a pour rôle essentiel de résoudre le problème principal à la base de la crise du système et pose les fondements d’une nouvelle Constitution qu’il suit jusqu’à son adoption » («Le Crépuscule du Matin» n° 63 du 11 novembre 2015). Aujourd’hui, on peut constater que Tévoédjrè reste dans la ligne de continuité avec son soutien à Pascal Koupaki.

Mais pire, on ne voit pas comment cette transition pourra poser les bases pour guérir les corps de la société qui, comme le remarque à juste titre Topanou, sont tous gangrénés.

2-2- Les réformes dans le cadre de la ploutocratie mafieuse

Dans l’interview publiée par le journal «La Croix du Bénin», Me Abraham Zinzindohoué situe bien la cause de l’impasse politique. « Mais, c’est le système d’impunité. Il faut qu’on batte le système d’impunité qui facilite et alimente la fraude ou les corruptions…Ailleurs quand on découvre que la corruption règne au sein d’un parti, on sanctionne ce parti, mais ici on promeut les délinquants et on ne sanctionne pas. C’est notre drame, c’est notre péché. Nous ne sommes pas mieux que les autres. Ailleurs la corruption se fait à grande échelle, mais elle est sanctionnée. ». Bien. Mais que propose Me Zinzindohoué ? Les réformes. Il écarte la révolution. « Il faut passer aux réformes…parce qu’il n’y a que deux situations. Ou c’est la révolution ou on approfondit notre processus démocratique pour faire évoluer les lois électorales, les lois du système partisan, du financement et les partis ». Il poursuit plus loin en disant qu’il faut « revoir les contre-pouvoirs tels que l’Assemblée nationale, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, la Cour Constitutionnelle, la Haute Cour de Justice etc. De manière que ces contre-pouvoirs soient vraiment autonomes et indépendants de l’exécutif. ». Les propositions de réforme du système partisan doivent être des « techniques juridiques qui permettent de rétrécir le paysage partisan sans obligatoirement décréter d’autorité deux ou trois partis ».

Ainsi pour Me Zinzindohoué, le mal se situe au niveau des textes au sommet, au niveau du système partisan, des contre-pouvoirs au sommet à rendre plus autonomes et indépendants de l’exécutif. Boni Yayi a tellement avili les institutions du Renouveau qu’il en a montré toute leur nudité. Mais si tant est que le fond du problème, que « notre drame, notre péché », c’est le système d’impunité, il faut d’abord rechercher et indiquer des solutions à ce problème. Ce sont les solutions au problème de l’impunité qui serviront et feront la base pour des réformes efficaces des textes au sommet. Or, Me Abraham Zinzindohoué n’avance aucune solution à ce problème de l’impunité. Il ne montre nulle part comment ces réformes permettront de nous guérir du drame, comment elles permettront de sanctionner « les délinquants ».  L’indépendance des autres institutions de la République par rapport à l’exécutif ne suffit pas, et loin s’en faut, pour résoudre le problème de l’impunité. Le parti et les partisans du président de la République se retrouveront également et toujours dans ces institutions déclarées formellement indépendantes de lui. On a bien vécu comment l’Assemblée nationale, dont le président est formellement élu par ses pairs et non désigné par le Chef de l’Etat, était sous la coupe de Boni Yayi pendant 9 ans. Et dans la réalité, de même que des partis formellement indépendants de tel ou tel candidat ont décidé actuellement «en toute indépendance» de soutenir, voire de susciter tel ou tel candidat, de la même façon, le président élu pourra toujours faire passer sa volonté à des institutions déclarées indépendantes dans les textes. Surtout que c’est l’exécutif qui détient les cordons de la bourse.

Aujourd’hui, il existe de nombreuses, lourdes et coûteuses structures chargées de lutter contre la corruption et contre l’impunité. En plus et en dehors de la justice, il y a les inspections au niveau des ministères, l’inspection générale des finances, l’inspection générale des affaires administratives, la Haute Cour de justice, l’Autorité nationale de lutte contre la Corruption, le Fonac, etc. Et pourtant, la corruption et l’impunité semblent croître proportionnellement à leur nombre. Mais pourquoi ?, devrait-on se demander. Il suffit d’examiner les attributions de ces structures pour constater leur défaut principal, congénital : l’exclusion du travailleur et du citoyen du contrôle de la gestion du bien public. Le travailleur, le citoyen n’a aucun droit, aucune possibilité d’action directe sur le responsable chargé de la gestion de son bien public. Ce dernier n’a de compte à rendre qu’au patron qui l’a nommé et de qui dépend sa promotion. L’impunité est alors garantie. Le cercle vicieux et mafieux se referme, entretenant et amplifiant la gangrène de la corruption.

Le combat contre le système d’impunité, pour être efficace et victorieux doit nécessairement être mené à la base, par le travailleur et le citoyen et toute proposition véritable de solution doit tendre à donner plus de droit au travailleur et au citoyen à la base pour le contrôle de la gestion du bien public. C’est sur ce droit que peuvent se fonder l’indépendance et l’action des institutions au sommet. De même qu’il est impossible de garantir la liberté des entreprises de presse sans le droit de tout citoyen d’éditer, de publier, de lire, de diffuser ses idées, de même on ne peut garantir la bonne gestion du bien public, la lutte contre l’impunité sans le droit du citoyen et du travailleur de contrôler à la base et à son niveau la gestion du bien public. C’est l’indépendance de l’action du citoyen à la base qui garantira l’indépendance des institutions de contre-pouvoirs au sommet.

La lutte efficace contre l’impunité appelle du coup une révolution du fait que le travailleur et le citoyen à la base auront véritablement un pouvoir sur la marche des choses, sur la marche de son entreprise ou administration publiques, sur la source de ses conditions de vie et le développement du pays. Le pouvoir de contrôle de la gestion du bien public ne sera plus l’apanage des seuls élus au sommet. Les rapports entre les hommes auront changé dans le cadre de la gestion du bien public. Me Zinzindohoué perçoit bien que les conditions d’une telle révolution sont objectivement réunies. « Nous entrons, dit-il, dans l’ère des réformes parce qu’il n’y a que deux situations : ou c’est la révolution ou on approfondit notre processus démocratique pour faire évoluer les lois,.. ». Me Zinzindohoué rejette et met en garde ses pairs contre la révolution parce que cela va probablement à l’encontre de ses intérêts, de ceux de la haute bourgeoisie et des dominateurs extérieurs. Nicéphore Soglo ne révèle-t-il pas dans ses interventions publiques actuelles, notamment devant tout le parterre des participants au colloque international organisé par l’Association béninoise de droit constitutionnel le 7 décembre 2015 (Cf. «l’Informateur» n°3149 du 08 décembre 2015) que la corruption est l’instrument dont se servent les maîtres de la FrançAfrique pour s’assurer la complicité et la docilité des dirigeants africains ! Toute réforme qui ne permet pas de briser le système d’impunité est favorable aux pilleurs nationaux et aux dominateurs étrangers, et principalement ceux de la FrançAfrique. Seule la révolution, en brisant le système en place, le système de corruption et de fraudes électorales, en établissant le droit pour le travailleur et le citoyen de contrôler la gestion du bien public, seule la révolution peut sauver le Bénin de la catastrophe. Il faut alors un sursaut national. 

3-   Seule la révolution offre une solution de salut

Relisons ensemble quelques morceaux choisis du juste diagnostic fait, non pas par ces utopistes et extrémistes du PCB, mais par ces hommes de bonne société et des grands salons, qui ne se privent pas de mettre en avant leurs titres d’anciens ministres et de grands commis de postes internationaux (UEMOA, UNESCO, etc.) au sein du système. « Le Bénin est dans l’impasse ….. L’impunité et la corruption généralisée sont érigées en modèle de société,….. Tous les corps de la société sont gangrenés »(Topanou) ;  « c’est le système d’impunité. Il faut qu’on batte le système d’impunité qui facilite et alimente la fraude ou les corruptions…Ailleurs quand on découvre que la corruption règne au sein d’un parti, on sanctionne ce parti, mais ici on promeut les délinquants et on ne sanctionne pas. C’est notre drame, c’est notre péché. » (Me Zinzindohoué).

Si le Bénin est dans l’impasse, tous les principes de management indiquent que pour sortir de l’impasse, il faut sortir du système qui l’a engendrée. De même, si tant est que tous les corps de la société sont gangrénés, tous les médecins vous diront que le remède doit être chirurgical. Autrement, le corps risque de dégénérer après d’inutiles souffrances atroces. Il faut alors un sursaut patriotique pour réaliser la rupture. De là, on peut déjà comprendre que ceux qui voient bien la Révolution, mais choisissent les réformes veulent faire faire au peuple, aux travailleurs et à la jeunesse d’atroces sacrifices inutiles. Ils se rendent complices des bourreaux qui par la force de l’argent et de la fraude renouvellent le système de drame de l’impunité, de la corruption et de l’abêtissement. Ce système nous a conduits dans une impasse dont veut profiter l’ancien colonisateur pour renforcer la mainmise de la FrançAfrique sur le pays.

Ce qu’appelle la situation, c’est une révolution, une remise en cause par la société elle-même du statut d’esclave consentant et une reprise du statut de souverain qui décide pour lui-même. Tout patriote sincère, tout démocrate, pour être conséquent se doit d’en appeler à la révolution, confiant que le peuple saura et réussira à la faire.

Et dans cette voie, on ne peut recommander les élections actuelles qui sont dans la même ligne que celles antérieures, à coup d’argent et de fraude. Les principaux candidats, comme on l’a vu, sont dans cette logique. Gagnera plus facilement, celui d’entre eux qui aura les faveurs des organisateurs de cette élection, la Cena et la Cour Constitutionnelle sous la dictée des réseaux divers, dont ceux de la FrançAfrique. Déjà, Honfo, le maire de Sème, a déclaré que le prochain président sera connu dès le 1ertour, le 28 février 2016. Mr Honfo est membre dirigeant du PRD et c’est son collègue Ahouanvoébla qui préside le Cos-Lépi. «Un tour, K.O» devenu la règle en Afrique paraît déjà programmée comme en 2011. Le pouvoir de Yayi ainsi que des agences dépendant de l’ancien colon, la francophonie, se disent prêts à financer un renouvellement des cartes d’électeurs, donc du fichier électoral afin de faciliter de nouveau un hold-up électoral.

Dans tous les cas, le gagnant des élections aura été celui qui aura distribué beaucoup de sous et aura bénéficié de la fraude. Aucun des potentiels gagnants dans ce cadre ne peut opérer la rupture d’avec le système d’impunité. Comme l’a reconnu Topanou « le système ne peut que se reproduire » (op.cit.). Par conséquent, Rien de bon pour le peuple ne sortira de l’élection présidentielle de février 2016.

Contre le désastre et contre les solutions de continuité, il faut donc un sursaut national de rupture d’avec le système d’impunité. Le mouvement populaire doit se prendre en charge jusqu’à créer les conditions de réunion des Etats généraux du peuple afin d’instaurer la transition politique qui mette fin à l’impunité.

Le mouvement démocratique dans le monde a connu ces dernières années des avancées, des révolutions qui ont instauré des transitions, des gouvernements de salut public. Ces transitions et gouvernements de salut public ont été consécutifs à des renversements populaires de régimes pourris et faillis. Ces états de choses n’ont été possibles qu’après des cures chirurgicales. Ici, la corruption, l’impunité ont gangréné tous les corps de la société. On ne peut entamer la guérison qu’en renversant le régime.

Le système d’impunité s’entretient par le pouvoir discrétionnaire du gouvernement à nommer, contrôler et sanctionner les responsables chargés de la gestion du bien public. Pour « battre le système d’impunité qui facilite et alimente la fraude et les corruptions », il faut mettre fin au pouvoir discrétionnaire de nomination détenu par les seuls membres du gouvernement. C’est ce système qui permet de placer le frère ou le fils de région, le membre de famille, du réseau occulte, de religion, de son parti au détriment des méritants, ou tout simplement de vendre des postes pour le convoyage en retour des ristournes. Et toute réflexion sérieuse, au vu de notre expérience, aboutit à cette solution qu’il faut établir l’élection et la révocabilité par les travailleurs des DG, des directeurs techniques des administrations et entreprises publiques. En cela, l’expérience de l’université, où le recteur ainsi que le doyen sont élus par leurs pairs, doit être approfondie pour y ajouter des clauses claires pour la révocabilité.

L’appel à candidature à des postes de direction ne suffit pas à résoudre le problème, tant que le pouvoir discrétionnaire du choix demeure dans les mains du gouvernement. Pour lutter efficacement contre l’impunité, la décision doit être aux mains des travailleurs à la base. C’est le contrôle par les travailleurs et les citoyens sur le responsable chargé de la gestion du bien public dans leurs secteurs qui peut permettre de lutter efficacement contre la corruption.

L’exigence du contrôle de la gestion du bien public par les travailleurs, avec le droit d’élire et de destituer des DG et directeurs techniques des administrations et entreprises publiques, est constante depuis 1985. Les dirigeants hauts bourgeois font tout pour la contrer, car cette exigence satisfaite contrecarre le pillage et la fraude qui constituent la source de leur enrichissement arrogant et rapide. D’ailleurs, le droit au citoyen et au travailleur par rapport aux directions du sommet de contrôler la gestion du bien public dans son secteur est de droit commun ; le contrôle du sommet ne peut qu’être l’exception selon le principe d’efficacité managérial reconnu : le principe de subsidiarité. Ce sont les travailleurs et les usagers d’un service administratif, les habitants d’un quartier qui sont les mieux placés pour connaître les mauvais faits de gestion, et en apprécier les résultats.

Dans le cadre de ce dispositif qui étend le droit des citoyens au contrôle de la gestion du bien public, le modèle au Bénin prendra tout son sens démocratique.

Les auteurs de violation des libertés publiques (bien public essentiel) doivent être jugés et punis, non pas devant une Cour Constitutionnelle qui se contente, dans le meilleur des cas, de proclamer une condamnation platonique sans effet administratif, mais devant les tribunaux de droit commun. Le citoyen aura le droit d’arraisonner tout distributeur de sous pendant les élections. Le contrôle de la gestion du bien public devra permettre que les membres du conseil supérieur de la magistrature soient élus par les magistrats. Sur le plan de la gestion, le peuple pourra juger des choix de ses dirigeants, quels sacrifices sont nécessaires et pourquoi. Le peuple saura intervenir sur les programmes de développement et en contrôler les projets d’application. Un programme de redressement national pourrait alors avoir un sens. Un gouvernement de salut public en serait un véritable.

Une révolution rétablira nos langues nationales et en fera des langues d’instruction et d’administration dans leurs terroirs. Comme l’ont montré de nombreuses expériences, l’apprentissage de langues étrangères à partir et après celui des langues maternelles sera plus rapide et leur maitrise plus profonde. Nous nous enracinerons dans nos cultures pour notre essor dans tous les autres domaines.

Aujourd’hui, on nous propose notre déracinement complet, notre aliénation avec le retour vert, humiliant de la recolonisation. Y a-t-il d’autre alternative, comme dit l’autre, que la révolution ou la mort ? Des individus mourront. Selon l’expérience récente du soulèvement du Burkina Faso, cela a coûté onze morts et environ deux cents blessés. Il y a eu des sacrifices. Mais sont-ils plus lourds que les morts causées par la politique destructrice des hôpitaux publics et des salaires de misère de Boni Yayi ? Notre peuple, qui survivra à coup sûr, ne le fera qu’avec la révolution.

Le Parti communiste demeure conséquent à appeler, à œuvrer pour la révolution, pour la démocratie véritable, pour un pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.

En guise de conclusion : cela semble toujours impossible jusqu’à ce que cela soit fait

Les bourgeois dans toutes les couches répètent sur tous les tons que le Béninois ne serait pas prêts pour faire une révolution. Il s’aplatirait par trop devant la force de l’argent. L’ennemi, les impérialistes seraient trop forts. Mais le Béninois, hier le Dahoméen, avait pourtant accompli des insurrections, en 1963, en 1966, en 1975, en 1989. Oui, vous répond-on, mais les jeunes de maintenant ne seraient pas ou plus à la hauteur. D’ailleurs, ils seraient trop peureux. Mais ce sont eux qui se sont insurgés en mai 2015 à Cotonou. Ce sont des jeunes étudiants qui ont dressé des barricades sur le campus de l’université d’Abomey-Calavi dans la lutte pour les deux sessions à la fin de l’année ? Ce sont eux qui protestent contre les concours frauduleux. Mais combien sont-ils ? vous lance-t-on à la figure.

Alors, on finit par observer que l’objectif du contradicteur n’est pas d’encourager, d’aider ou de souhaiter même la révolution, mais plutôt de décourager, de démoraliser pour la domination éternelle des pilleurs et fraudeurs. Et comme le contradicteur ne peut plus soutenir que les révolutions sociales sont dépassées, comme il ne peut plus soutenir que les peuples noirs au-dessous du Sahara n’en sont pas capables, il en reste à demander des preuves, des sortes de garanties pour la révolution. Il peut alors se donner aux solutions de duperie réformiste, des solutions de maquillage de la continuité.

Dans ces conditions, il ne reste qu’à répondre à des contradicteurs de ce genre ces mots mémorables de Mandela qu’un camarade a rappelé le 11 décembre 2015 à l’occasion de la commémoration de la journée du 11 décembre 1989 : « cela semble toujours impossible jusqu’à ce que cela soit fait. ».

Pendant 15 ans, de 1975 à 1989, Kérékou avec son parti-Etat le PRPB ont soumis le peuple sous la force brutale de la répression policière. Aujourd’hui, les pouvoirs du Renouveau démocratique écrasent le peuple sous la force brutale de l’argent de la corruption et de la fraude. Seule une minorité, comme toujours et partout, avait eu le courage de ne pas baisser les bras et d’entretenir la résistance. Et la petite flamme a fini par embrasser tout le peuple. Aujourd’hui, une minorité résiste et continue d’appeler à la résistance, au refus. La force brutale et abêtissante de l’impunité a conduit le pays au désastre, au Waxala. Elle veut ramener le pays au rang de colonie et le Béninois au rang de sujet indigène. La dialectique de la vie accomplit ainsi son œuvre : la force brutale de l’argent et de la corruption devient la faiblesse du système. Le peuple se découvrira de plus en plus le droit et surtout le devoir et la force de reprendre son rôle : celui du souverain pour instituer un pouvoir à son profit, un pouvoir des travailleurs et des peuples. L’impossible sera fait.

Alors plus que jamais, les révolutionnaires doivent dire au peuple :

En Avant pour la Révolution !

NON A LA RECOLONISATION ! NON A LA FRANÇAFRIQUE !

RIEN DE BON POUR LE PEUPLE NE SORTIRA DE LA PROCHAINE ELECTION PRESIDENTIELLE!

ŒUVRONS POUR DES ETATS GENERAUX DU PEUPLE POUR REFONDER NOTRE PAYS !

Jean Kokou ZOUNON

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18 mars 2016

BENIN

Crash aérien et fabrique du grand homme : le magico-religieux en politique (Togo)

(MISE À JOUR : 17 JANVIER 2016)

SARAKAWA
Monument de Sarakawa en mémoire du crash de l'avion d'Eyadéma en 1974 (Julius Cruickshank, 2004)

Quand les hommes politiques du Golfe de Guinée introduisent le répertoire magico-religieux dans leurs accidents aériens...

 

Entretien avec Comi Toulabor, directeur de recherche à la Fondation nationale de Sciences Politique, chercheur du laboratoire LAM (Les Afrique dans le Monde) 

 

Le 26 décembre 2015, alors qu’il était en campagne électorale, le Premier ministre-candidat du Bénin, Lionel Zinsou sort indemne du crash de son hélicoptère, à Djougou dans le nord-ouest du pays après un déjeuner avec le président togolais Faure Gnassingbé. Cet accident n’est sans rappeler celui que le père de celui-ci eut le 24 janvier 1974 à Sarakawa, au nord du Togo, situé à peine une heure de route de Djougou. De cet accident, avec une grande habileté machiavélique, Eyadéma, décédé en février 2005, et son entourage ont puisé dans le stock magico-religieux ambiant des ressources symboliques chargées de sens pour consolider et relancer un pouvoir qui s’essoufflait. Pour l’essentiel en quoi le mythe de Sarakawa ? Et existe-t-il encore aujourd’hui ?

 

L’accident ou le mythe de Sarakawa : quand Eyadéma devint divinité

A peine connu le crash du DC-3 d’Eyadéma, la panne mécanique à son origine fut vite évacuée et transformée en attentat politique dans la pure ligne de la théorie du complot. La main de l’impérialisme français opposé à toute participation majoritaire de l’État togolais dans le capital social de la société des phosphates était abondamment dénoncée. En pleine savane, un mausolée en béton, s’inspirant d’un syncrétisme architectural alliant des modèles d’édifices chrétiens et des couvents vodu, encercle la carcasse métallique. Depuis son édification, il est devenu un lieu de célébration d’une liturgie d’un genre nouveau qui emprunte au christianisme son discours théologique et au vodu ses pratiques cultuelles et sacrificielles. Comme dans un authentique couvent vodu dédié au Gu (divinité du Fer), Eyadéma en évêque et ses collaborateurs en co-célébrants, vêtus de boubous et de bonnets blancs, abreuvent la carcasse du sang de bêtes immolées après avoir harangué la foule de pèlerins de prêches aux accents chrétiens. Sur le parvis du mausolée où trône une statue géante d’Eyadéma à l’instar du Legba, divinité protectrice des entrées des couvents vodu, chants, danses et transe ainsi que beuveries et agapes prolongeront tard dans la journée l’office religieux, incontestablement dédié à Eyadéma élevé au rang d’une divinité qui auto-célèbre ses propres mythes et mystères.

Le Messie monte sur son âne de fer

Auréolé de sa victoire sur l’impérialisme et la mort, Eyadéma rejoint Lomé le 2 février à bord de sa Mercedes décapotable après quelques jours de repos et de soins occultes dans son village natal. Tout le long des 450 km est ponctué de fréquentes haltes pour que la foule en liesse et brandissant des branches d’arbre lui rende des hommages. Des libations sont offertes aux mânes ancestraux pendant que sont effectuées des immolations d’animaux dont le sang lui est versé à même les pieds. Des fonctionnaires du numineux réputés du pays (prêtres vodu, marabouts) sont éparpillés sur le parcours pour conjurer le mauvais œil lors de ce retour qualifié de « triomphal ». La scène n’est sans évoquer le dimanche des rameaux avec le Christ entrant à Jérusalem.

Eyadéma fut alors systématiquement affublé de « Miraculé de Sarakawa ». D’autres appellations telles que les récurrentes « Moïse », « Josué », « Messie », « Sauveur » et les moins récurrentes « Ressuscité » ou « Christ » feront leur entrée dans la panégyrie officielle qu’enrichiront des griots selon leur degré de culture religieuse.

Cette instrumentalisation du sacré confère à l’ancien sergent-chef de la Coloniale une dimension surréaliste et absolutiste et l’investit de pouvoirs hypertrophiés de médium de statut divin : invincibilité, invulnérabilité, immortalité, omniscience, détention de la vérité, don de prémonition, etc. Lesquels le protègent et le blindent dorénavant des mauvais sorts et des contrariétés. Les découvertes répétitives de faux et de vrais coups d’Etats participent au renforcement du culte de la personnalité débouchant sur une monocratie absolue en apparence.

 

Une mythification du pouvoir aujourd’hui oubliée

De son vivant, le mythe de Sarakawa peinait déjà à s’imposer. Les Togolais faisaient semblant d’y croire pour échapper au système répressif. Ils roulaient le pouvoir-sacrement dans l’excrémentiel comme pour établir un front de contestation et de résistance symbolique qui ne bride pas une certaine ambivalence ou équivocité. La découverte de la démocratie dans les années 1990 a permis de démanteler cet État de foi à la place duquel un État de droit tente péniblement de se substituer. S’ils regardent dans le rétroviseur ce passé politique, les Togolais ne peuvent qu’en rire en jurant de ne plus se laisser abuser aussi infantilement. D’autant que des fortunes matérielles conséquentes se sont constituées sur cet État de foi à leur détriment. Faure Gnassingbe qui a pris la succession de son père semble ne pas convoquer l’héritage paternel pour sa légitimation, le contexte politique ne se prête plus à cette manipulation grossière de l’opinion.

 

http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2016/01/17/le-crash-de-zinsou-au-benin-une-piqure-de-rappel-de-celui-deyadema-en-1974-au-togo/

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24 janvier 2016

BENIN

INTERVENTION DU PROFESSEUR PHILIPPE NOUDJENOUME A LA CONCERTATION INITIEE PAR LE PRESIDENT NICEPHORE DIEUDONNE SOGLO.

Cotonou, « Chant d’oiseau » 05 Janvier 2016.

Excellence Monsieur le Président Nicéphore Dieudonné Soglo,

Distingués Personnalités : Chefs de Partis politiques, d’organisations syndicales et de la société civile,

Autorités religieuses et morales à divers niveaux.

C’est une immense joie pour moi de prendre part à la « Concertation » de ce jour. Car à y voir de près, cette Concertation se présente comme le début de la réalisation d’un vœu, d’un souhait partagé entre des Citoyens organisés au sein du front de Refus du Bénin Waxala et le président Soglo. Ma joie est à un double titre : le premier en tant que Professionnel de la chose constitutionnelle, le deuxième et le principal en tant que Responsable politique, représentant d’Organisations politiques et donc très préoccupé à un haut point du cataclysme qui menace notre très chère patrie et qui à cet effet a souhaité la tenue d’une telle concertation. En effet, M. le Président, le 29 Octobre 2015 à la Bourse de travail, des hommes épris de paix et d’esprit pays Bénin, des citoyens béninois animés d’un ardent patriotisme se sont réunis et ont mis sur pied le Front de Refus du Bénin Waxala. Quels sont les éléments du diagnostic qui nous a conduits à cet acte ? Le diagnostic établi à cette assise était que « l’heure est grave. Le Bénin traverse un moment difficile et délicat de son histoire. De quelque côté que l’on soit, que l’on soit de la mouvance ou de l’opposition, de la classe politique dirigeante ou non, que l’on s’annonce candidat à la prochaine élection présidentielle ou non, le consensus est réalisé sur le fait que le Bénin notre chère patrie, est déjà plongé dans le « waxala », c’est-à- dire dans le scénario catastrophe. Tous les indicateurs sociaux sont au rouge… Tous ces paramètres révèlent au grand jour la fin du système né de la Conférence nationale d’il y a 25 ans. Oui notre système politique est fini ; Il est au bout du rouleau ; autre chose est appelée. Sur ce point aussi le consensus est désormais réalisé que le renouveau démocratique a fini son parcours… Dans ces conditions, rien de bon pour le peuple ne sortira des prochaines élections présidentielles; aucun homme en dehors du peuple rassemblé ne peut sauver le pays de la catastrophe qui s’annonce. Le scénario catastrophe, le scénario « wahala » est là. La seule manière d’éviter cette catastrophe, c’est la réunion des Etats Généraux du peuple pour refonder les règles de notre vivre ensemble et pour une nouvelle gouvernance qui tourne le dos aux errements actuels du Renouveau Démocratique. » Parmi les membres fondateurs de ce Front, outre ma modeste personne avec les organisations politiques et syndicales (Convention patriotique des Forces de gauche, CSTB, FéSYNTRA-FINANCES etc),

je dois mentionner le professeur Lalèye Moïse, madame Célestine Zanou, M.Ayadji Jacques et j’en passe. Cet appel, que dis-je, ce cri de cœur a rencontré une immédiate adhésion de bon nombre de cœurs généreux et patriotes dont M. le Président Nicéphore Dieudonné Soglo qui nous a fait l’honneur de nous appeler pour nous faire part de cette appréciation enthousiaste en associant à cette initiative des personnes comme le ministre Sènou Richard.

Les déclarations ultérieures du Président Soglo tant dans les organes de presse qu’à l’occasion de certains forums ont confirmé ce haut niveau de conscience patriotique et de refus de la catastrophe de la part du Président Soglo, sa volonté d’éviter à notre chère Patrie, le triste sort qui se dessine à l’horizon. Il n’a de cesse de pourfendre et de dénoncer le rôle néfaste de la FrançAfrique en tant que responsable à titre principal de la situation catastrophique que connaissent nos pays africains francophones et particulièrement le Bénin avec le maintien du pacte colonial (domination coloniale française maintenue depuis 1960) avec notamment le Franc des colonies d’Afrique-CFA et l’imposition à nos pays de chefs d’Etats antipeuple.

Il a enfin souligné qu’aller à l’élection présidentielle prochaine dans ces conditions c’est devoir choisir entre la peste et le choléra. Il a enfin préconisé comme nous, la nécessité de nous arrêter, de nous asseoir pour faire le bilan du système pour repartir sur de bases nouvelles. Et au regard de ces considérations, la première 1 Conférence publique tenue au Codiam par le Front de Refus du Bénin waxala le 23 décembre 2015 a à l’unanimité choisi le Président Soglo comme Président d’Honneur du Front.

Monsieur le Président, Messieurs les Chefs politiques, syndicaux et de la société civile, que notre pays court vers un cataclysme certain est évident ; que notre système politique né de la Conférence nationale soit au bout de sa course avec des institutions constitutionnelles noyées sous le flot de l’argent, de la corruption et de l’impunité c’est aussi évident et tout le monde en convient.

Pour preuve, les partis politiques dont la mission est d’animer la vie politique ont subitement disparu de la scène politique entraînant la mort des idées et des programmes dans des joutes électorales et ne laissant en place que le sourd ronronnement de l’affairisme. Par surcroît, on nous débarque un Colon à qui on confie une double mission : la première : protéger les arrières et couvrir tous les crimes commis par le pouvoir actuel- poursuivre dans la logique de sa gestion criminelle du pays et appliquer ainsi le slogan « Après nous, c’est nous » si cher aux FCBE. Et perpétuer ainsi au plan politique l’impunité. La deuxième : opérer la recolonisation du Bénin et lui faire un recul historique de plus de cinquante ans. Le « quartier latin de l’Afrique » se mue brusquement en quartier crétin devenu un animal de zoo,objet de curiosité et de la risée du monde entier. A propos de la candidature de Lionel Zinsou, des choses se disent. Le Gouvernement dans un communiqué daté du 03 Janvier 2016 parle de « propos empreints de racisme, de haine, d’intolérance et de peur » en attaquant ainsi les déclarations du député Gbadamassi. Il ne s’agit pas de cela ici ; et personne ne se laissera intimider par qui que ce soit ni surtout accepter le musèlement de la libre expression des idées au cours d’une joute électorale. Le débat ne se pose pas en termes de peau de l’individu Lionel Zinsou. Quiconque poserait en ces termes la question fausserait les choses. Car en effet Rawlings a bien été Président du Ghana, lui né d’un père écossais et d’une mère ghanéenne (évhé). Mais à la différence de ce que nous avons ici, Rawlings est né et grandi au Ghana, a fait toute sa carrière au Ghana et est sorti officier supérieur de l’armée ghanéenne. L’on sait qu’il est pétri des cultures et langues du Ghana et manipule avec brio la langue évhé ainsi que le twi. Un Lolo Chidiac (né de père libanais) pourrait sans aucun problème être le Président de mon pays. Le cas qui nous concerne ici est tout autre. Tout le monde sait que Lionel Zinsou né en France a fait toute sa carrière dans ce pays ; que mise ensemble toute la durée de son séjour au Bénin ne dépasserait pas 365 jours, c’est-à-dire une année ; qu’il est de l’establishment français et concepteur de la politique de domination française en Afrique avec le rapport Védrine etc. L’on sait qu’il ne parle aucune langue béninoise et n’en connait profondément aucune culture. Le communiqué du gouvernement parle de « ce que notre compatriote indexé par ces propos est un citoyen béninois à part entière ». Voire. On peut être citoyen d’un pays sans prétendre en assurer la magistrature suprême. Tout le monde sait que pour être président aux Etats-Unis il ne suffit pas d’être citoyen américain (par migration ou d’origine) mais être né sur le sol américain. Autant Sarkozy, d’origine hongroise, émigré avec son père en France et ayant fait toute sa carrière en France – a été président non pas de la Hongrie mais en France, autant Obama, de père kenyan mais né aux Etats-Unis et ayant fait toute sa carrière dans ce pays est président des Etats –Unis et non du Kenya, pays dont il ne maîtrise aucune langue ni culture, autant Lionel Zinsou d’origine béninoise par son père, ne saurait être président dans ce pays dont il ne maîtrise aucune langue ni culture. Pour être ne serait-ce que maire en France, il faut avoir été imprégné de la langue et de la culture française. C’est dire que dans le dispositif français, la nomination de Lionel Zinsou correspond à une agression militaire et en est la préfiguration. Lionel Zinsou n’appartient pas à la classe politique béninoise mais à la grande bourgeoisie impérialiste française. Il a les caractéristiques d’un Gouverneur colonial. Et ses premières actions sont illustratives: (signature de la concession ferroviaire à Bolloré, vente de Bénin Télécoms SA à Orange ; nominations de Français dans son cabinet etc.). Avec l’élection de Lionel Zinsou à la tête de notre pays, nous assisterons nécessairement bientôt à la nomination des administrateurs français à la tête de nos cabinets ministériels, des gouverneurs coloniaux en quelque sorte à la tête de nos entreprises publiques et administrations centrales. Tous nos opérateurs économiques seront placés sous tutelle des groupes économiques français. Nous assisterons bientôt à une occupation militaire française de notre territoire sous le 2 prétexte de "protéger" ces Français installés à la tête de notre Administration ; mais en même temps comme base d’agression contre le Nigeria voisin. Déjà sous la houlette du nouveau Dodds, avec comme instrument, l’Agence Française de Développement (AFD) une campagne rageuse de stérilisation systématique de nos filles et femmes de nos villes et surtout des campagnes est en cours avec le slogan de « révolution contraceptive » et de « dividende démographique ». Outre les effets économiques et sociaux, les conséquences morales et éthiques d’une administration directe française de notre pays sur notre société seront incommensurables avec la perte et la disparition complètes de nos valeurs culturelles positives et leur remplacement par des mœurs et coutumes étrangères, comme entre autres celle emballée sous le couvert de « démocratie sexuelle ». Tout cela fait partie du scénario catastrophe. Avec la prochaine élection présidentielle,l’argent et la fraude décideront de tout avec au surplus le spectre de la recolonisation et le maintien et le renforcement de la FrançAfrique. Enfin même écartée l’option Lionel Zinsou, cela n’épargne pas notre pays de la catastrophe du scénario waxala. Car la plupart des autres candidats à l’élection présidentielle ont plus ou moins partie liée avec la gouvernance deYAYI, le système d’impunité et la FrançAfrique. Et de toutes les façons, toute personne qui aura été élue sur la base des paramètres électoraux actuels (code électoral bancal, LEPI truquée, argent, fraude), ne peut que perpétuer le système d’impunité et du pacte colonial. Il faut savoir s’arrêter, se concerter pour repartir sur de nouvelles bases. Et la Concertation de ce jour est la bienvenue et est le premier pas de l’Assise souhaitée et salvatrice. Monsieur le Président, Mesdames et messieurs les Acteurs politiques réunis ici au chant d’Oiseau, la Concertation de ce jour n’atteindra ses objectifs réels que si elle sort avec les conclusions qui sont : 1°- -Décision de la classe politique de transformer cet essai- en une grande Assise : Etats généraux du Peuple à programmer ici même et à réunir avant l’échéance du 28 Février prochain. 2°-Consensus pour barrer la route à la recolonisation de notre Patrie avec le rejet de la candidature de Lionel Zinsou. De toutes les façons tous ceux qui s’aventureront dans le soutien pour porter au pouvoir ce personnage de la FrançAfrique (avec le risque de conflits graves que cela porte) commettront à l’encontre de la Patrie – de nos héros que sont Bio Guèra, Kaba, Béhanzin, Kpoyizoun, Tofa, etc) un crime de haute trahison qui sera sanctionné tôt ou tard en tant que tels. Car notre pays n’est pas à vendre. Certes, les propositions de tenue d’une Assise nationale avant la prochaine élection présidentielle soulève des questions essentiellement constitutionnelles- pratiques de : -Qui convoque cette Assise ? Est-ce toujours YAYI Boni ? Ne serait-ce pas donner un prétexte à celui-ci de prolonger son mandat à la tête du Bénin au-delà du 06 Avril ? Quel serait le caractère exécutoire des résolutions issues à cette Assise ? Il est exclu de confier au Président YAYI Boni comme l’a avancée une proposition récente rejetée de tous, le soin de convoquer une telle assise qui se veut une rupture par rapport à toute sa gouvernance de dix ans et même par rapport au système mis en place depuis 1990. La Direction de la Concertation actuelle pourra jouer ce rôle. En tous cas le Président YAYI Boni ne devra pas faire un jour de plus au pouvoir après le 06 avril. De cette Assise ou Etats-Généraux du Peuple devra ressortir un Exécutif provisoire devant conduire une transition au plus d’un an au bout de laquelle une nouvelle Constitution sera élaborée et adoptée qui consacre la fin de l’impunité, l’institution d’une juridiction transitoire chargée de juger les crimes économiques et politiques, la revue totale des attributions d’institutions budgétivores et inutiles du genre de la Haute Cour de Justice, la revue des pouvoirs exorbitants de la Cour Constitutionnelle etc. Avec cela, avec le peuple mobilisé, notre pays réalisera une « révolution » pacifique, et étonnera encore par son génie le monde entier. Impossible n’est pas béninois devrons-nous dire. Que vive la Patrie béninoise libre et indépendante. Enfants du Bénin debout.

Pr Philippe NOUDJENOUME

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23 janvier 2016

POLITIQUE

 

Le Parti Communiste du Bénin (PCB) fête ce jour 38 ans d’anniversaire
Publié le jeudi 31 decembre 2015  |  Actu Benin
Philippe
© Autre presse par DR 
Philippe Noudjènoumè, Professeur , constitutionnaliste et 1er secrétaire du Parti Communiste du Bénin (Pcb)

31 décembre 1977 – 30 décembre 2015. Cela fait aujourd’hui 38 ans que le Parti communiste du Bénin existe sur la scène politique au Bénin. À l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de création du PCB, les membres de ce parti se sont réunis à la salle polyvalente du Centre de Promotion de l’artisanat (CPA) pour réfléchir sur la vie politique du Bénin à travers le thème : « Travailleurs et peuples du Bénin, levons nous pour sauver la patrie de la recolonisation et de la françAfrique ».


Pour le 1er secrétaire du PCB, Philippe Noudjènoumè, l’actualité politique brûlante que traverse le Bénin nécessite la concentration de toutes les forces morales et physiques pour faire face au danger qui guette le pays à l’heure actuelle. En partant de la mission du Parti Communiste du Bénin en passant par le contexte politique actuel du pays, pour aboutir au danger de la recolonisation du Bénin comme une expression du scénario Waxala, il appelle à la mobilisation d’un large front anticolonialiste pour sauver la patrie en danger. (Lire ci-dessous l’intégralité de sa déclaration).

TRENTE-HUITIEME ANNIVERSAIRE DE LA FONDATION DU PARTI COMMUNISTE DU BENIN.

DECEMBRE 1977-DECEMBRE 2015 : 38ème ANNIVERSAIRE DU PARTI COMMUNISTE DU BENIN

Thème : « TRAVAILLEURS ET PEUPLES DU BENIN, LEVONS-NOUS POUR SAUVER LA PATRIE DE LA RECOLONISATION ET DE LA FRANÇAFRIQUE »

Camarades membres du Parti Communiste du Bénin,

Camarades Responsables de l’Union de la Jeunesse Communiste du Bénin, Mesdames et Messieurs les responsables des Organisations de la Démocratie révolutionnaire : je veux nommer la Convention Patriotique des Forces de Gauche, la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB), la Fédération des Syndicats des Travailleurs de l’Administration des Finances (FESYNTRA-FINANCES), l’Union Nationale des Scolaires et Etudiants du Bénin(UNSEB), le Collectif des Hauts Conseils pour la Réhabilitation des Municipalités du Bénin, les amis et alliés des Organisations du Front Refus du Bénin Waxala, les Ordres et Sous-ordres des différentes nationalités du Bénin,

Mesdames et Messieurs les Invités à cette cérémonie de commémoration, je vous remercie d’avoir répondu présents à invitation.

Messieurs et mesdames les Journalistes,

Le thème de ce jour est ainsi formulé : « TRAVAILLEURS ET PEUPLES DU BENIN, LEVONS-NOUS POUR SAUVER LA PATRIE DE LA RECOLONISATION ET DE LA FRANÇAFRIQUE »

L’actualité politique brûlante que traverse notre patrie en ce moment nécessite la concentration de toutes les forces morales et physiques pour faire face au danger qui guette notre pays à l’heure actuelle. A ce sujet le rappel de la vie et des objectifs de notre Parti- le PCB- devenu depuis longtemps le patrimoine du peuple béninois, fait partie des éléments d’armement moral nécessaires à cette mobilisation pour sauver la patrie en danger.

LA MISSION DU PARTI COMMUNISTE DU BENIN
Camarades et amis, Le 31 Décembre 1977- 30 décembre 2015, cela fait trente-huit ans aujourd’hui, des jeunes que nous étions alors, qu’on pouvait compter sur le bout d’une main, réunis autour du Chef historique Pascal FANTODJI, s’étaient décidés de proclamer la fondation du Parti Communiste du Dahomey aujourd’hui Parti Communiste du Bénin.

La création du PCD qui a changé son appellation en PCB en 1992 pour se conformer à la nouvelle dénomination du pays a suivi tout un processus : commencé en 1971 avec la lutte contre le populisme, le processus passera par la création en juillet 1976 à Paris de l’Union des Communistes du Dahomey (UCD), préfiguration du parti et qui en constitua les soubassements idéologiques, pour aboutir à la fondation du Parti le 31 décembre 1977.

Pourquoi avoir créé le Parti Communiste du Bénin ?
« La réponse simple et claire est la suivante : C’est pour faire la révolution au Bénin.

Comme nous le disions lors la commémoration du 34ème anniversaire Cotonou le 27 Décembre 20 Il.

« Plusieurs étaient parvenus à cette conviction et décision par le sentiment de révolte face à la misère dans laquelle végétaient les peuples du Dahomey en général, en particulier la paysannerie pauvre, conséquence directe de la domination impérialiste française sur notre pays. La révolution (en l’occurrence la révolution sociale) qui « se définit comme des transformations profondes et radicales qui interviennent dans une société suite au renversement révolutionnaire d’une classe ou couche sociale par une autre. » résout selon l’étape où se trouve la société considérée, des questions fondamentales propres à cette société. La question fondamentale à résoudre en ce moment-là pour permettre un pas en avant de la société béninoise était sa libération du joug impérialiste notamment français et la fin de l’ordre public colonial … ». Quel est l’état de la société béninoise ?

« Le premier repère d’où découle la nécessité de la création du PCB est la conquête de l’actuel territoire du Bénin par la France. Avec la nouvelle administration coloniale installée, « nos peuples sans être déportés comme le furent les millions d’esclaves, objet de la traite négrière, sont cependant devenus esclaves sur leurs propres terres : avec la perte de leurs langues et cultures dans la sphère de l’administration et de l’instruction publique. La colonie du Dahomey dont l’acte fondateur est le Décret présidentiel du 22 Juin 1894 légalisa toute cette violence conquérante au nom de la mission civilisatrice de l’Occident sur les peuples barbares. Désormais unis sous une même férule coloniale, les peuples du Bénin du nord au sud, autrefois séparés et même ennemis ont désormais un ennemi commun : le régime colonial contre lequel ils sont contraints de diriger leurs combats afin de recouvrer leur langues, leurs valeurs culturelles, leur dignité. La lutte an ti-impérialiste constituera désormais le repère de tous les autres jalons de l’histoire de notre pays » Depuis 1894, il s’est instauré dans notre pays, ce qu’on est convenu d’appeler « pacte colonial » mais qui n’est qu’un ordre public colonial puis que le pacte suppose l’accord de deux volontés souveraines ce qui ne fut pas le cas… « La caractéristique principale de l’Etat colonial (comme le Dahomey) c’est d’être une personne morale esclave. En effet tout comme la personne physique esclave, la colonie ne jouit pas de la personnalité juridique, ne peut avoir de patrimoine et pardessus-tout n’a pas la liberté de produire pour lui ; il doit produire pour le maître. Ici toute L’économie coloniale est extravertie et donc orientée vers la satisfaction des besoins de la métropole française. Contre cet ordre tout éveil de la pensée protestataire des peuples ‘doit être nécessairement dirigé. Les divers jalons de l’histoire de notre pays en furent les expressions : la période dite de l’assimilationniste, la lutte pour l’indépendance

(avec à la clé une indépendance tronquée), la poursuite des luttes pour une indépendance réelle avec pour objectif la suppression du « pacte colonial » qui se perpétuent depuis lors avec les différentes phases ou sous-étapes ainsi déterminées telles que les luttes populaires de 1960 à 1972 et l’instauration de la pseudo-révolution (1972-1977)>> les luttes populaires des travailleurs et des peuples sous la direction du Parti Communiste du Bénin qui ont permis le renversement du pouvoir despotique de Mathieu Kérékou et l’instauration depuis 25 ans du régime de Renouveau démocratique ayant pour consécration la Conférence nationale de février 1990.

Par-delà toutes ces étapes et sous-étapes demeure une constante : le système du pacte colonial qui a pour maître d’œuvre : la FrançAfrique ». La FrançAfrique, c’est tout un maillage de réseaux allant des nobles sphères des institutions officielles de la Francophonie aux réseaux secrets des sectes initiatiques investies par des barbouzes colonialistes, sans oublier les solidarités franco-africaines créées à dessein avec des décorations et palmes académiques françaises distribuées aux Africains devenus ainsi des Agents obligés et à qui on donne à des moments critiques des instructions pour agir contre leur propre pays.

En résumé, le pacte colonial porte les éléments suivants : imposition de la langue française ­l’instruction est calquée sur celle de la France et fait de notre école, une école française au Bénin- imposition d’une monnaie confisquée au Trésor français appelée Franc des Colonies d’Afrique (CFA) masquée en Franc de la Communauté Financière d’Afrique et qui vient de fêter les 70 ans de sa création le 26 décembre- appropriation par la France de tous les leviers de production béninois- appropriation par l’ancienne puissance coloniale de toutes les ressources tant agricoles que minières de nos pays africains,-imposition de leur exportation à l’état brut vers la France avec interdiction de leur transformation sur place en terre africaine. Tous les secteurs stratégiques de production appartiennent aux monopoles français à l’exclusion des nationaux béninois dont les plus importants économiquement se limitent dans la sphère de I’export-import. Le Bénin, notre pays est et demeure depuis 1960, une néocolonie dépendante étroitement de la France. De cette dépendance résulte une arriération notable de notre pays et de ses hommes qui végètent dans la misère, l’ignorance et l’inculture un pays de capitalisme arriéré et dépendant. Les hommes de notre pays souffrent à la fois du capitalisme et du peu de développement de ce même capitalisme. Ce qui détermine le caractère de la révolution appelée à se réaliser au Bénin.

La révolution appelée dans notre société à l’étape actuelle, n’est nullement socialiste, elle est à l’étape actuelle, une révolution bourgeoise anti-impérialiste, une Révolution Nationale Démocratique, Populaire, Anti-impérialiste (RNDPA). Plusieurs personnes non averties et même de la démocratie révolutionnaire s’étonnent de ce développement et notamment de notre point de programme ainsi formulé : « Notre objectif à cette étape c’est la levée des entraves pour le développement accéléré du capitalisme dans notre pays et son industrialisation rapide pour l’amélioration du sort des populations ».

C’est à cette tâche que s’est attelé et s’attèle le Parti Communiste du Bénin qui a traversé les périodes suivantes : De 1977 à 1990 : Période de stricte clandestinité : -Dès août 1976, répression de jeunes communistes en marche vers la création vers la création du Parti. Répression d’étudiants et d’enseignants de l’Université nationale du Bénin pour fait de grève et manifestations contre l’arbitraire du régime de Kérékou, évasions spectaculaires de détenus- répression de mouvements étudiants et paysans en 1985, martyr en 1985 :

ATCHAKA Parfait- arrestation massive de communistes suite au mouvement de 1985 et leur embastillement dans les geôles de Parakou et Ségbana, 1988, assassinat de Rémy AKPOKPO GLELE par les nervis de Kérékou, luttes victorieuses de masses en 1988-89 avec de nombreux martyrs : Luc TOGBADJA, Maurice DANSOU et Sègla KPOMASSI. Ce sont ces luttes héroïques qui permirent la révolution du Il décembre 1989 qui aboutit au renversement de l’autocratie de Mathieu Kérékou et l’instauration du régime de semi-libertés dit du Renouveau démocratique.

Les membres de ce parti en ont payé et en paient encore le prix le plus fort : répression féroce et policière sous le régime de Kérékou I de 1976-1989-

Période de 1990 à nos jours : répression judiciaire, répression par des méthodes arbitraires administratives : interdiction d’accès au mass média publics, notamment à l’ORTB ­privation de droits même légaux comme celui de la juste représentation dans les instances comme le CES, exclusion des communistes des droits pourtant reconnus aux autres, répression dans les amphis etc. et enfin répression moins voyante mais non moins dure par l’argent dans l’accès aux organes privés, dans les joutes électorales etc.

Malgré toutes ces embûches, le Parti avec ses membres est debout, robuste de la tête aux pieds, sur ses trente-huit années d’existence, poursuivant à travers des voies sinueuses et escarpées des montagnes, sa mission : faire prendre conscience aux exploités et opprimés de leur état d’exploités par la propagande, l’agitation et l’organisation afin de les amener à assurer leur auto-émancipation par la révolution.

Les raisons de cet état de chose : c’est l’application de manière créatrice de la théorie du marxisme et du léninisme-léninisme à la société béninoise, objet d’attention et d’études constantes pour en suivre les évolutions successives ; c’est la mise en œuvre de tactiques tournant après tournant conformément aux mouvements de la société et des plans et actes des classes pro-impérialistes au pouvoir et des luttes des masses. Voilà d’où vient la force du PCB : Faire ses analyses sur la base d’une théorie des classes, sur les mouvements de ces classes en ayant en vue toujours et de tout temps les intérêts de notre peuple, des travailleurs et de la jeunesse. Toujours et chaque fois, le PCB, dans toute situation pose et cherche la solution à la question suivante : Où se trouve les intérêts des travailleurs, de la jeunesse et du peuple ?

La force du PCB est donc l’ancrage d’une idéologie de combat contre l’exploitation, l’oppression, la domination et l’apatridie. Les autres partis de la haute bourgeoisie ne proclament pas leur idéologie, ils la cachent soigneusement parce que leur idéologie est celle de l’exploitation, de l’oppression, de l’apatridie. Pour eux, il faut abêtir le peuple et les travailleurs ; il faut les exclure de la gestion du bien public, leur dénier tout pouvoir sur le cours de leur vie, sur le cours de notre patrie. Il leur faut un pouvoir discrétionnaire et écarter les travailleurs et la jeunesse même de la délibération d’un concours. Or le PCB pense que ce sont les travailleurs, le peuple qui peuvent permettre le développement de ce pays. A chaque tournant, le PCB travaille pour faire prendre conscience aux travailleurs et au peuple de leur rôle, travaille pour qu’ils prennent confiance en eux-mêmes. Pendant que les exploiteurs tentent par tous les moyens de les décourager, de les écraser, le PCB leur dit : c’est vous qui devez être les maîtres ici pour que les choses aillent mieux, pour que les choses aillent bien. Et pour que les choses aillent mieux et aillent bien, il faut que vous, les travailleurs et le peuple vous ayez le pouvoir. Et comme le pouvoir ne se donne pas, comme le pouvoir s’arrache, les travailleurs et le peuple doivent arracher le pouvoir des mains des exploiteurs, des apatrides qui ruinent le pays.

Les méthodes du PCB sont axées sur cette éducation à donner au peuple. Des gens disent aujourd’hui qu’ils aiment le PCB, mais ne sont pas d’accord avec ses méthodes. Il s’agit d’une évolution très positive, d’une petite victoire sur ceux qui pour la plupart ont voulu faire disparaître le PCB après la Conférence nationale. Mais généralement, ces gens ne nomment pas les méthodes dont ils parlent pour permettre un débat franc et un éclairage sur lesdites méthodes. Mais la méthode du PCB fait partie de son être, de son idéologie, de sa théorie révolutionnaire et de son application. Avec cela, le PCB cherche toujours dans chaque lutte comme rendre plus aisée les luttes futures. C’est cela qui lui permet de dire par exemple que la Conférence nationale est un marché de dupes. Ce qui se confirme largement et unanimement aujourd’hui. Le PCB œuvre toujours à faire prendre conscience et confiance aux masses pour la révolution. Le PCB observe les formes de luttes des masses et conseillent les formes les plus appropriées, les plus efficaces contre les oppresseurs. Il est alors clair que les oppresseurs combattront et combattent le PCB pour ces méthodes.

CONTEXTE POLITIQUE ACTUEL.
Les dernières élections législatives et communales et principalement la présente joute électorale présidentielle ont mis au grand jour la fin du système mis en place avec la Conférence nationale.

Tout le monde en convient. Jusques-y compris Tévoédjrè le rapporteur Général de cette fameuse Conférence. Notre pays est en danger. Le Parti à son plénum du 15 Août 2015, a sorti une Déclaration donnant l’orientation tactique face à la situation actuelle. Le parti que face à cette situation, nous sommes dans un schéma catastrophe et que rien de bon pour le peuple ne sortira de la prochaine élection présidentielle. Cet appel a reçu aussitôt écho favorable auprès de patriotes et démocrates non membres du Parti. C’est ainsi que fut créé le 29 Octobre le Front de Refus du Bénin Waxala constitué des citoyens béninois animés d’un ardent patriotisme avec le diagnostic suivant : « Tous les indicateurs sociaux sont au rouge … Tous ces paramètres révèlent au grand jour la fin du système né de la Conférence nationale d’il y a 25 ans. Oui notre système politique est fini ; Il est au bout du rouleau » autre chose est appelé. Sur ce point aussi le consensus est désormais réalisé que le renouveau démocratique a fini son parcours… Dans ces conditions, rien de bon pour le peuple ne sortira des prochaines élections présidentielles ; aucun homme en dehors du peuple rassemblé ne peut sauver le pays de la catastrophe qui s’annonce. Le scénario catastrophe, le scénario « wahala » est là.

La seule manière d’éviter cette catastrophe, c’est la réunion des Etats Généraux du peuple pour refonder les règles de notre vivre ensemble et pour une nouvelle gouvernance qui tourne le dos aux errements du Renouveau Démocratique. » Ce cri de cœur fait bien du chemin, rallient bon nombre de citoyens conscients de la grande générosité de la démarche. Le cas du Président Nicéphore Dieudonné Soglo est à souligner qui ponctue justement qu’aller aux élections dans ces conditions c’est devoir choisir entre la peste et le Choéra. Voilà pourquoi à la dernière Conférence publique tenue au Codiam par le Front de Refus du Bénin waxala le 23 décembre avec le thème « sauvons le Bénin a travers l’incontournable assise nationale : les Etats généraux du peuple », les conférenciers à l’unanimité l’ont choisi comme Président d’Honneur du Front.

En quoi consistent les éléments du scénario waxala ? En effet les éléments du scénario catastrophe sont

- la Constitution est pratiquement mise à mort par la Cour Holo qui décidera avec Y A YI et l’Elysée de qui sera élu par leur seule volonté

- les partis politiques qui sont censés animer la vie politique ont disparu de la scène politique

- l’argent et la fraude décideront de tout.

- et au surplus le spectre de la recolonisation.

- enfin le maintien et le renforcement de la FrançAfrique.

Tous les faits nous donnent raison et au fur et à mesure que se rapproche l’échéance présidentielle, se précisent tous les dangers auxquels notre pays est exposé. Il faut savoir s’arrêter. Certains vous disent « Mais c’est trop tard maintenant pour s’arrêter ; on y est déjà engagé ». Raisonner ainsi c’est exactement faire comme quelqu’un qui debout au bord d’un précipice et alerté par le danger répond : « Voyons c’est trop tard, je vais m’y précipiter. » Notre peuple se retrouve devant le dilemme suivant : Ou voir placer à la tête de notre Etat un homme d’affaires avec la confusion de rôle que cela entraînera nécessairement entre les intérêts privés et ceux de l’Etat- ou pire la recolonisation de notre pays par la France.

Le DANGER DE RECOLONISATION COMME UNE EXPRESSION DU SCENARIO WAXALA.
Le renouveau démocratique issu de la Conférence nationale de février 2015 est un système bâti sur l’impunité, la fraude et surtout la corruption par l’argent. Et tous les jours qui passent, voient se renforcer ce facteur déterminant dans la politique béninoise de ces 25 dernières années qu’est l’argent. Ce qui signifie la mort des idées et des programmes politiques.

Oui l’argent, ce veau d’or célébré et adoré par une classe politique – maîtresse du système et qui s’en servait contre les pauvres et leurs représentants légitimes s’est retourné contre les auteurs. Tout un chacun sait l’introduction massive de l’argent et de la fraude comme méthode de gagner les élections a été généralisée à partir des législatives de 1995.

Désormais l’argent achète tout : Comme il a été dit dans la déclaration du Parti en date du 15 Août « L’argent achète les électeurs, les cartes d’électeurs, les candidats des partis rivaux, les organes de presse, les organes chargés d’organiser et de contrôler les élections. L’argent achète même les scrutins exprimés transformant les perdants en gagnants » des suppléants de dernière zone et même des non candidats se métamorphosent en titulaires vainqueurs à la surprise générale des électeurs.

Des conseillers sont vendus à 100 millions frs. CFA l’unité. Un électeur peut collecter et voter à la place de 12 000 personnes en une journée, sans que cela ne choque ni n’émeuve les organes chargés du contrôle de la régularité des votes.

Il n y a pas jusqu’au Président actuel de l’Assemblée Nationale qui ne soit le trophée du plus fort enchérisseur au marché à la criée des plus grands mafieux, le résultat de l’affrontement reporté en direct à la télé des plus grosses fortunes mafieuses. Et les journaux 1 et le Président de la République nous ont décrit comme dans un film de gangsters comment nos députés électeurs se faisaient acheter par le plus offrant, agissaient et réagissaient aux ordres de télécommandes d’ici et d’ailleurs, du Bénin et de Paris et aux effluves plus ou moins fortes de l’argent dont on sait qu’il est mal acquis ».

Si l’argent achète peut tout acheter, acheter le poste de député, de maire, de conseiller, acheter les partis politiques, pourquoi n’achèterait-il pas le poste du Président de la République ? Alors notre pays est à acheter. Et à ce jeu, l’impérialisme français sortira toujours gagnant.

Les conséquences de cette situation sont :

1°_ la faillite ou plutôt l’implosion de la haute bourgeoisie bureaucratique appelée classe politique sous le coup de l’argent. Comme le reconnaît Marcel de Souza « toute la classe politique est terrorisée et écrasée par l’argent ». Et ceci à travers la kyrielle de partis et d’alliances de partis politiques qui tous sont tétanisés, divisés ou et pulvérisés : l’UN, la RB, le PRD, Alliance Soleil, Alliance AND, Alliance FDU etc.

2°_ La montée au devant de la scène politique des compradors ou opérateurs économiques dont la seule référence fait mettre au « garde-à-vous ! » toute la haute bourgeoisie bureaucratique, contrainte de s’aligner pour sauver les meubles et s’assurer encore quelques places dans le prochain gouvernement du pays.

3°_ Le débarquement par l’impérialisme français d’un Colon, un nouveau Dodds en la personne de Lionel Zinsou pour recoloniser notre pays.

En effet pour faire face à la concurrence rude que lui mènent les puissances émergentes à économie plus dynamique, comme la Chine, l’Inde, la Turquie, le Brésil sur le continent africain, l’impérialisme français choisit de resserrer son étau sur son pré carré africain. Trop faible économiquement pour soutenir cette concurrence et en pleine crise économique, la France choisit l’occupation militaire de ses ex-colonies africaines : tous les prétextes sont bons pour débarquer les troupes en Afrique : Mali, Centrafrique, Tchad, Niger etc. Elle utilise tous les liens de dépendance coloniale pour imposer ses entreprises comme Bolloré, Castel, Bouygues, Areva, Total, etc. pour la préservation des intérêts colonialistes au détriment des peuples africains et cela sans respect d’aucun texte, d’aucune réglementation. Le cas de l’illégal contrat de concession ferroviaire à Bolloré sans respect d’aucun texte atteste de cette situation. Jusque-là le Bénin n’a pas fait l’objet d’une recolonisation politique et surtout militaire.

C’est dire que dans le dispositif français, la nomination de Lionel Zinsou correspond à une occupation militaire et en est la préfiguration. Lionel Zinsou n’appartient pas à la haute bourgeoisie pro-impérialiste béninoise mais à la grande bourgeoisie impérialiste française. Il a les caractéristiques d’un Gouverneur colonial. Et les premières actions de Lionel Zinsou (signature de la concession ferroviaire à Bolloré, vente de Bénin Télécoms SA à Orange ; nominations de « Français dans son cabinet etc.). ‘Outre que cette nomination de Lionel Zinsou par YAYI Boni pour protéger ses arrières et couvrir tous ses crimes signifie qu’on lui accorde un troisième mandat, avec le slogan « Après nous, c’est nous », elle revêt le caractère d’une agression coloniale et doit être traité comme telle.

A ce titre, comme face à l’agression de 1977, j’en appelle à la réalisation d’un large front anticolonialiste, un front réunissant tous les citoyens patriotes quelque soit leur appartenance partisane, jusques-y compris des membres de l’Alliance CFBE, frustrés du dictat, de nous joindre pour sauver la patrie en danger. Car pour Lionel Zinsou tout est balisé y compris le K-O préparé déjà par l’ensemble des structures que sont la COS-LEPI avec déjà une LEPI truquée, la CENA et enfin la cour Constitutionnelle. Cela se dit partout « Ce sera la K-O pour Lionel Zinsou ». Aller dans ces conditions à la prochaine élection présidentielle, c’est cautionner consciemment ou inconsciemment le scénario waxala qui pointe à l’horizon avec la perspective de ce K-O annoncé.

Arrêtons- nous ! Allons aux Etats Généraux ! Evitons le désastre.

Mesdames et messieurs c’est le cri que je lance aux travailleurs et aux peuples de mon pays. Serai-je entendu pour de bon ? Ou est ce que ce sera comme prêcher dans le désert avec toujours ce refrain que l’on entend du médecin après la mort « C’est vous qui aviez toujours raison. On ne vous avait pas compris » et cela après que le malheur se sera abattu sur nous ? Si tel est le cas, le Parti Communiste du Bénin avec l’ensemble des Organisations de la Démocratie révolutionnaire se dresseront devant l’agresseur colonial qui viendra souiller les tombes de nos illustres héros vaincus par ces mêmes Colons français il y a un peu plus d’un siècle ; il appellera les travailleurs et les peuples au combat pour la défense de la patrie ; ceux-ci une fois revenus de leur étourdissement, ne manqueront pas de régler leur compte aux colonialistes qui avancent à peine masqués contre la souveraineté de notre peuple et l’émancipation de la patrie.

A l’orée de la nouvelle année qui va naître, j’adresse ici au Peuple, mes chers concitoyennes et concitoyens, mes vœux les plus ardents de bonheur et de santé pour tous et surtout de détermination pour faire de notre pays, en cette nouvelle année, un havre de prospérité et de développement, un pays émancipé.

Alors que vive le marxisme-léninisme !

Non à la reconquête coloniale de notre patrie ! Non à la FrançAfrique !

Heureuse Année 2016 !

Je vous remercie.

Cotonou le 30 Décembre 2015.

Philippe NOUDJENOUME

Premier Secrétaire du PCB

Président de la Convention Patriotique des Forces de Gauche.

Membre du Directoire du Front de Refus du Bénin Waxala.

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31 octobre 2015

BENIN : A PROPOS DU DERNIER REMANIEMENT MINISTERIEL

lionel-zinsou

Après avoir échoué à se donner une majorité à l’Assemblée Nationale et conquérir la présidence de son bureau à la suite des élections législatives d’avril 2015, Boni YAYI a fini par publier son nouveau gouvernement le 18 juin 2015. Composé de 28 ministres, ce nouveau gouvernement se distingue de tous les précédents par un certain nombre d’éléments. Si le nombre de dignitaires au sein de ce gouvernement dépasse toute mesure, (un premier ministre, un vice-premier ministre et trois ministres d’Etat), c’est surtout la nature du premier ministre en la personne de Mr Lionel ZINSOU qui fait la caractéristique de ce nouveau  gouvernement et qui suscite de vives réactions dans les milieux populaires et patriotiques. Face à cette situation, la Convention Patriotique des Forces de Gauche publie la déclaration dont la teneur suit :

1-      Selon tous les témoignages, Mr Lionel ZINSOU est né en France, a vécu en France où il a exercé et où il exerce jusqu’à sa nomination. S’il est originaire du Bénin de par son père, il ne connaît pas, dans son intimité, le pays dont il vient de prendre la charge de la direction des plus importantes affaires. En tant que citoyen français, Mr Lionel ZINSOU a exercé dans les cabinets ministériels français, en l’occurrence dans le cabinet de l’ex-premier ministre Mr Laurent FABIUS dont il déclare « être la plume » c’est-à-dire celui qui rédige les discours et déclarations que lit Fabius. Ce dernier, actuel ministre des affaires étrangères et 3ème personnage du gouvernement français lui a adressé, dans un communiqué officiel « ses chaleureuses félicitations et souhaité plein succès dans l’accomplissement de cette mission au service de son pays. » Par ailleurs, Mr Lionel ZINSOU, membre du parti socialiste français et très proche de Hollande, dirigeait l’Association AfricaFrance[1] dont le rôle est de renouveler la FrançAfrique dont l’image est par trop ternie auprès des peuples africains.

2-      Ce que perçoivent et dénoncent les masses populaires dans la nomination de Mr Lionel ZINSOU en tant que premier ministre au Bénin ne relève pas essentiellement "d’un certain racisme". Un peuple digne a le droit d’exiger que ses plus hauts dirigeants ne soient pas de double nationalité afin de s’assurer de leur pleine loyauté à sa cause et de pouvoir exercer en retour sur eux sa pleine et unique souveraineté. Un peuple digne a le droit d’exiger que ses plus hauts dirigeants aient une connaissance vécue de ses mœurs et coutumes, de ses pulsations intimes aux fins d’une meilleure gouvernance. Enfin et surtout, un peuple digne a le droit d’exiger que ses plus hauts dirigeants ne soient pas des membres des cabinets étrangers. Mr Lionel ZINSOU ne connaît pas le Bénin, est membre de l’establishment gouvernemental français. Sa mission au Bénin, négociée avec le Président français et les autorités françaises relève plus d’un plan de la France pour le Bénin (contre le Bénin devrait-on dire)

3-      Ce plan est la suite de toute la politique passée et récente de l’impérialisme français au Bénin et en Afrique : la reconquête coloniale et la consolidation du pacte colonial. Au Bénin, le pouvoir de Boni YAYI a servi à cette mission. Le pays a été vendu aux grands groupes français. Le groupe Bolloré est le plus emblématique avec ses hold-up sur le port, les chemins de fer, sa domination sur l’information avec Canal+, ses ambitions sur l’énergie. Le groupe BOUYGUES est dans les coulisses pour la téléphonie mobile et les grands travaux.  L’impérialisme français qui tient en tutelle toute l’économie avec le franc des Colonies Françaises d’Afrique (franc CFA) se bat contre vents et marées, multiplie les interventions armées, essaime ses bases militaires pour cette conquête. Mr Lionel ZINSOU qui se dit spécialiste de la monnaie est connu comme un ardent défenseur du maintien du franc CFA et sous la tutelle de l’impérialisme français et ce dans tous les débats publics. La nomination de Mr Lionel ZINSOU à un  poste de premier plan au Bénin réalise une mission pour la consolidation de la présence française en Afrique et au Bénin. Il s’agit d’une mission de nature coloniale et les masses ont raison de dénoncer le nouveau Colonel DODDS.

4-      Les compétences avérées de Mr Lionel ZINSOU dans le domaine financier n’en font pas automatiquement un avantage pour le Bénin. Aujourd’hui, on peut même dire le contraire. Les plus grands groupes financiers, comme ceux dans lesquels Lionel ZINSOU est compétent, se sont montrés aujourd’hui les bourreaux des peuples, ceux qui font payer aux travailleurs et aux peuples le pillage des gouvernants, des grands et hauts bourgeois ; comme on l’a vu avec les ajustements structurels en Afrique, comme on le voit avec la Grèce, l’Espagne. Au Bénin, les collègues et homologues financiers de ZINSOU, les YAYI, KOUPAKI, de SOUZA, GBIAN, DOSSOU, tous du secteur financier qu’il assistait en tant que conseiller spécial de 2006 à 2011, ont plongé le pays dans le gouffre dans tous les domaines. La compétence des financiers au Bénin a conduit à la ruine du pays.

5-      Mr Lionel ZINSOU ne reconnait d’ailleurs pas la responsabilité de Boni YAYI et de ses équipes dans cette ruine. Pour lui, YAYI continue d’être un démocrate. Les scandales, c’est autre chose dit-il dans une interview au journal la Nouvelle Tribune en date du 22 juin 2015; et d’ailleurs, poursuit-il « Je ne pense pas quand on compare le Bénin à beaucoup d’autres pays que nous soyons un pays si mal gouverné que le pense une partie de l’opinion béninoise. Je les invite à regarder le monde entier ». Ainsi, notre nouveau premier ministre renvoie du revers de la main toute la critique de la mauvaise gouvernance de Boni YAYI au Bénin. Les scandales, la mauvaise gouvernance servent des intérêts précis de groupes et de gens qui en profitent. Lionel ZIINSOU en prend la défense.

6-      Enfin, on constate que pendant que les masses dénoncent les desseins de l’impérialisme français avec la nomination de Mr Lionel ZINSOU, les hauts bourgeois et leurs partis sont particulièrement muets. DJOGBENOU et Mme ZANOU, interrogés à propos du remaniement ne parlent que d’un « remaniement de gratitude » et considère la nomination de Mr Lionel ZINSOU comme d’une possibilité d’impliquer la diaspora. Il est clair que tous les hauts bourgeois, français par nationalité ou par intérêts, ne peuvent que se taire. Ensuite et le plus important, cette nomination est bien ressentie comme la sanction par le maître impérialiste français du discrédit de toute la haute bourgeoisie et de ses partis au Bénin dans sa pratique depuis 1990. Déjà ce discrédit avait été développé dans un article publié par le politologue BANEGAS et rediffusé par le journal la Nouvelle Tribune en septembre 2013. Toute la pratique de veulerie et de corruption aggravée de la haute bourgeoisie au pouvoir au Bénin depuis 1990 sont bien connues face à un peuple et une jeunesse qui n’ont de cesse de lutter pour leurs aspirations. Les dernières élections ont étalé à la face du monde la corruption et la veulerie de cette haute bourgeoisie avec la fraude généralisée, l’achat massif des électeurs et les tripatouillages, le spectacle public d’achat et de vente des députés qui ne dédaignent de donner des procurations de vote contre espèces sonnantes et trébuchantes provenant de « télécommandes » et ce, quel que soit le camp. Or les télécommandes elles-mêmes dépendent d’un chef, d’un maître, l’impérialisme français qui a besoin d’homme plus sûr, plus fidèle pour ses intérêts tel un Lionel ZINSOU. Le maître l’a promu, les agents ici se taisent, laissant encore une fois le peuple mener le combat.

7-      Mais les patriotes ne peuvent se taire devant ce qui constitue une atteinte à la dignité de notre peuple. Déjà, devant la faillite des partis de la haute bourgeoisie dans les années 60, l’impérialisme français avait tenté d’imposer Maître BOISSIER-PALUN comme président. La levée des démocrates et patriotes a déjoué le complot. Aujourd’hui, on se retrouve devant le même complot où devant la faillite des partis hauts bourgeois et l’exigence de partout d’une nouvelle gouvernance, l’impérialisme français débarque un de ses pions aux commandes de notre pays. Cette nomination met en relief les défis à relever par le peuple : la nécessité du renforcement de la lutte patriotique, la nécessité du renversement de la haute bourgeoisie pourrie et corrompue dans une révolution pour une nouvelle gouvernance.

8-      La Convention Patriotique des Force de gauche, dénonce par conséquent la nomination de Mr Lionel ZINSOU comme un nouveau DODDS[2] pour parachever la vente totale du Bénin à l’impérialisme français et à ses groupes, Bolloré et consorts. Elle soutient les protestations populaires contre cette nomination infamante pour notre peuple. Elle exige la démission de Mr Lionel ZINSOU. Elle appelle tous les démocrates, tous les patriotes, les travailleurs, la jeunesse à poursuivre leurs protestations et leurs luttes pour l’émancipation et la souveraineté de notre pays.

Cotonou, le 23 juin 2015.

Pour la CPFG

Philippe NOUDJENOUME

Président de la Convention Patriotique des Forces de Gauche et de l’Alliance pour une Nouvelle Gouvernance.

 


[1]Proposée par un groupe de travail réunissant Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui, l’association AfricaFrance a été entérinée lors du Sommet Paix et Sécurité de l’Elysée en décembre 2013 puis officiellement lancée en février 2015 lors du Forum franco-africain pour une croissance partagée, par les chefs d’Etats africains et français. 

[2]  Dodds, c’est ce Colonel métis franco-saint-louisien (du Sénégal) débarqué à la tête des troupes françaises pour vaincre Béhanzin en 1894.

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Agboyibo ou les élucubrations d’un faux ami du peuple.(Deuxième partie)

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Décidément AGBOYIBO et son écuyer APEVON ne cessent d'étaler par devant l'opinion leurs obscurantismes, leurs ignorances sur le marxisme... Dans sa dernière sortie sur le site web du pouvoir  (www.republicoftogo.com), l'écuyer APEVON s'en prend vertement aux marxistes dans le but de nourrire une propagande anticommuniste, anti-marxiste au sein du mouvement démocratique au Togo. En effet, les attaques des dirigeants du CAR contre les "marxistes" ne sont nullement dirigés contre le Parti Communiste du Togo mais, plutôt, contre son rival l'ANC qui par son radicalisme petit bourgeois; les dirigeants du CAR croient qu'ils en sont  face à des "marxistes". Non ! Loin de là ! L'ANC n'a rien à voir avec le courant marxiste au Togo. Incontestablement, elle représente tout comme le CAR, la bourgeoisie bureaucratique libérale alliée et suppôt de l'impérialisme dans notre pays.  Mais dans un souci de clarification nous allons, dans cette deuxième partie de notre intervention, continuer à démonter complètement les énormités débitées par AGBOYIBO à propos des marxistes et que nous retrouvons, d'ailleurs, sous d'autres plumes.... 

 

AGBOYIBO ET LA CRITIQUE DU MARXISME

AGBOYIBO à propos des marxistes avance les affirmations suivantes :

-Les marxistes auraient cherché à infiltrer le processus démocratique pour inciter les jeunes au refus du dialogue, mais les leaders de l'opposition auraient «déjoué» ces «manoeuvres».

-La ligne idéologique des marxistes c'est le matérialisme athée, la négation de Dieu et partant, de l'étincelle divine qui existe en chaque individu et qui peut l'amener à s'ouvrir au dialogue; d'où leur préférence pour l'affrontement verbal, voire physique; il aurait même été question» d'imposition de la pensée unique «du fanatisme et de l'extrémisme» !

-les marxistes «se plaisent à exhorter à la patience les citoyens du bord de l'opposition en leur faisant croire que leur tour de jouissances de ces ressources arrivera bientôt car ils sont sur le point de prendre le pouvoir».

Passons rapidement sur certaines contradictions d'AGBOYIBO; par exemple on peut se poser la question de savoir comment les marxistes peuvent être partisans de la voie de l'affrontement verbal, voire physique, une voie qui normalement doit inciter à l'action, et dans le même temps prôner la patience ? Seul lui peut comprendre. De même nous passons sur ce terme de «fanatisme» tellement galvaudé et nous nous arrêtons un instant sur le terme de «pensée unique» une autre expression passe partout. Nous pensons qu'il entend par ce terme une vision unique, voire une ligne politique unique imposée, et que tout un chacun est invité à faire sienne sous peine d'être stigmatisé. Or la pensée qui a prévalu dans les années 1990, c'est celle de la conciliation, du dialogue, de la démocratie par la négociation et par les urnes, en un mot, celle que véhiculent AGBOYIBO et ses compères. Le vrai porteur de la «pensée unique» c'est AGBOYIBO lui-même ! L'usage du mot «fanatisme» pour stigmatiser ceux qui pensent autrement, est déjà en soi un signe révélateur. Cette pensée unique n'était d'ailleurs pas limitée au seul Togo elle a été imposée au Bénin, au Zaïre, au Congo Brazzaville, où elle s'est traduite par la tenue de «conférences nationales».

Seul notre Parti, le PCT s'est démarqué de cette voie en montrant qu'elle offrait un répit à l'autocrate, et qu'elle vise seulement au partage du pouvoir entre clans bourgeois, sans aucun profit pour le peuple. Nous avons pris position dès le début du mouvement insurrectionnel notamment dans un article où nous expliquions que la démocratie passait par la destruction du système et non par des réformes; le vote d'une constitution ou la tenue d'une conférence nationale; nous n'avons pas manqué de fustiger «les jongleries» d'Edem KODJO celui qui parmi les faux démocrates, paraissait le plus en vue; à l'annonce de négociations entre l'autocratie et le FAR, nous avons aussitôt réagi par une mise en garde dénonçant la manœuvre. Nous n'avons jamais varié. Mais notre point de vue qui était loin de représenter «la pensée unique'» n'a pas prévalu à cette époque.

Si c'est cela qu'AGBOYIBO considère comme sa victoire contre «l'infiltration marxiste», il est libre de croire ce qu'il veut. Le fait est qu'il est incapable de comprendre que nous autres marxistes, et même marxistes-léninistes pour être plus complets, nous ne nous situons pas sur le même terrain que lui, parce que nous ne poursuivons pas les mêmes objectifs que lui. Nous ne menons pas un combat de leadership avec lui ni avec ses autres compères d'ailleurs. Notre objectif à nous c'est de faire comprendre au peuple qu'il ne doit son salut qu'à lui-même, et que c'est seulement par sa lutte, et par la destruction du régime d'oppression, qu'il peut conquérir la liberté et la démocratie.

Prise de conscience, organisation et mobilisation, telles sont les conditions du salut pour notre peuple, et cela doit le conduire nécessairement à rompre avec la voie de la conciliation et avec ses promoteurs. Notre tâche à nous c'est de contribuer à cette prise de conscience, à cette organisation et à cette mobilisation et c'est ce que nous faisons. Mais cela prend du temps car c'est seulement en se confrontant à l'expérience que le peuple peut se convaincre de la justesse de notre ligne. Alors contrairement à ce que raconte AGBOYIBO, nous ne pouvons pas demander au peuple d'être patient; c'est plutôt à nous d''être patients ce qui n'est pas du tout la même.

Venons-en maintenant aux «critiques» d'AGBOYIBO
 

-       Sur l'infiltration des marxistes

Le mot infiltration est un mot qui fait beaucoup fantasmer les anti-communistes. Ce n'est pas étonnant qu'AGBOYIBO l'ait repris à son compte.

Nous rappelons qu'infiltrer signifie entrer de façon clandestine dans un organisme dans le but de lui porter des coups. Les marxistes ne peuvent donc infiltrer qu'avec de mauvaises intentions. C'est ce que laisse entendre AGBOYIBO qui se félicite que leur manœuvre ait pu être déjouée.

Mais voyons ce qu'il en est dans la réalité, et pour cela nous allons prendre trois exemples, trois pays où la présence et le rôle des partis communistes (donc des partis se réclamant du marxisme) sont incontestables et incontestés dans des événements majeurs qui s'y sont déroulés. Nous voulons parler de l'Afrique du Sud, de la Tunisie et du Burkina Faso.

-       L’Afrique du Sud

Concernant l'Afrique du Sud on sait bien le rôle joué par l'ANC dans la lutte contre l'apartheid. Mais on ne parle pas assez souvent des liens entre l'ANC et le Parti Communiste Sud Africain. Dans cette lutte commune Juste un rappel à ce sujet; lors du Congrès du Peuple où fut rédigée la Charte du Peuple qui allait devenir le programme de l'ANC (1955), le Parti communiste était présent aux côtés de l'ANC; a la création en 1983 de l'UDF, organisation destinée à imprimer un caractère de masse à la lutte (Mgr Desmond Tutu était l'une des grandes figures), il y avait l'ANC et le Parti Communiste, à côté d'organisation à caractère social, religieux. Ce qu'il faut souligner, c'est que les liens entre les deux organisations étaient si étroits que de nombreux militants pouvaient avoir la double appartenance c'est-à-dire qu'ils pouvaient être membres à la fois de l'ANC et du Parti Communiste Sud Africain. Nous citerons le cas de Joe SLOVO, membre du Parti Communiste Sud Africain qui dirigea la branche armée de l'ANC, ce fut aussi le cas de Chris HANI qui fut tué en 1993. Nous citerons aussi Dulcie SEPTEMBER représentante de l'ANC en France, membre elle aussi du Parti Communiste, et qui fut assassiné à Paris en 1988.

Comment expliquer ces liens étroits ? D'abord parce que les marxistes sont par définition des anti-racistes; ils le sont pour des raisons à la fois philosophiques et politiques. Sur le plan philosophique le marxisme, s'appuyant sur la science, considère que l'espèce humaine est unique, et que les signes extérieures qui ont introduit la notion de race sont secondaires et ne peuvent pas mettre en cause l'unicité du genre humain; que par conséquent l'idée de race supérieure et de race inférieure qui est à la base du racisme, est erronée, non scientifique: «le racisme est une théorie totalement étrangère à la science», dit le dictionnaire philosophique du marxisme léninisme; sur le plan politique les marxistes savent que le racisme sert à justifier l'oppression nationale et sociale, à diviser et à affaiblir la classe des opprimés face aux oppresseurs. Soit dit en passant cela vaut aussi pour le régionalisme et le tribalisme», que les communistes combattent aussi résolument que le racisme. En plus des facteurs philosophiques, et politiques il y avait aussi les questions organisationnelles; en la matière le Parti Communiste Sud Africain avait à sa disposition l'expérience du Mouvement Communiste International qu'il pouvait mettre au service de l'ANC. Pour ces raisons, c'est donc en toute logique que ces deux organisations se sont retrouvées. A cette époque on a beaucoup parlé d'infiltration communiste à propos de cette relation. Mais qui en parlait souvent ? Les partisans de l'apartheid pour justifier leur système !

-       Le cas de la Tunisie

En Tunisie, parmi les organisations qui ont participé à la mobilisation populaire et contribué ainsi au renversement de l'autocrate Ben Ali, il faut citer le Parti des Travailleurs de Tunisie (anciennement Parti Communiste des ouvriers de Tunisie), un parti marxiste-léniniste. Actuellement, ce parti poursuit son travail d'organisation et de mobilisation dans un large front populaire qui comprend aussi des croyants, et qui a des députés dans la nouvelle assemblée nationale.

-       Le cas du Burkina Faso.

Il est indéniable que le Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV) a joué un rôle décisif dans la mobilisation populaire qui a abouti à la chute de COMPAORE. Notamment à travers le mouvement syndical avec la Confédération Générale du Travail du Burkina (CGTB) et la Coalition Contre la Vie Chère CCVC).

Dans ces pays les communistes ont contribué aux avancées de la démocratie. Le terme d'infiltration marxiste ou d'infiltration communiste sont d'un autre âge. Ceux qui en usent sont des ennemis de la démocratie.
 

-       Sur la question de l'athéisme

La question de l'athéisme c'est l'autre épouvantail qu'agitent souvent les anti-communistes. Mais ce n'est qu'un épouvantail. En effet, si la question de la croyance était une question majeure il n'y aurait jamais eu en Afrique du Sud, une collaboration aussi étroite entre l'ANC dont le représentant le plus emblématique Mandela, était un protestant méthodiste, et le Parti Communiste Sud Africain avec ses militants athées. On n'aurait pas pu voir dans un vaste mouvement anti apartheid des militants communistes, ces «marxistes athées» à côté d'un Mgr Desmond TUTU ! Ce dernier est tout de même mieux placé, en tout cas mieux placé qu'un AGBOYIBO pour se préoccuper du marxisme athée. Pourtant cette vaste union a été possible. Pourquoi ? Parce que tous avaient compris que, face à la lutte contre l'apartheid, la question des croyances était secondaire.

Revenons maintenant chez nous et posons-nous les questions suivantes

Qui a donc forcé les citoyens à changer leur prénom, violant ainsi la conscience de nombreux chrétiens ? Les marxistes athées ? Non !

Qui a fait bastonner un curé qui a osé s'élever contre ce viol des consciences ? Les marxistes athées ? Non !

Qui a fait bastonner un curé qui a osé critiquer le culte excessif pour un homme  que certains voulaient célébrer à l'égal de Jésus Christ ? Les marxistes athées ? Non !

Qui a envoyé des sbires perturbés dans l'église Saint Augustin d'Amoutivé, la cérémonie d'intronisation de Mgr KPODZRO, après avoir empêché la même cérémonie à Atakpamé ? Des marxistes athées ? Non.

Tous ces méfaits avaient un responsable; un homme qui ne cessait de répéter; «Si ce que je fais est mauvais, que Dieu me barre la route; si ce que je fais est bon, qu'il me laisse continuer». Cette manière de se couvrir du nom de Dieu, d'instrumentaliser la religion pour couvrir ses forfaits, cela ne gène nullement AGBOYIBO seulement préoccupé par l'athéisme. Et pour cause: il fait exactement comme EYADEMA. L'élève AGBOYIBO a copié sur son maître EYADEMA... rappelons nous ses développements tordus sur «l'étincelle divine». «Le marxiste, dit-il ne croit pas à l'existence de l'étincelle divine en chaque personne humaine et par voie de conséquence à l'idée que deux personnes en conflit puissent s'entendre par la rencontre de leurs «étincelles divines».

Mais où AGBOYIBO a-t-il appris que le marxiste ne croit pas à la possibilité pour deux personnes en conflit de s'entendre et de «dialoguer» ? Que deux êtres humains ou des groupes d'hommes, des voisins, des amis séparés par une brouille, et même des ennemis, puissent se retrouver, dialoguer et se réconcilier, même le marxiste y croit, comme tout être humain. Mais les rapports humains entre individus, c'est une chose, les rapports entre un autocrate et un peuple soumis à l'oppression, s'en est une autre. Mais AGBOYIBO met volontairement ces deux types de rapports sur le même plan, et les confond délibérément. De cette manière, il peut justifier son dialogue, en fait sa complicité active avec l'autocrate et son système. Quant à la fameuse «étincelle divine», c'est l'alibi religieux, destiné à exploiter aux mêmes fins la crédulité de certains de nos compatriotes. On voit le cynisme du personnage.

Notre Parti ne juge pas les compatriotes d'après leurs croyances, mais d'après leur patriotisme, leur détermination à lutter avec le peuple pour la liberté, la démocratie et le progrès social. Notre souci ce n'est donc pas la foi d'un compatriote; c'est l'intrusion de la religion dans la sphère politique à des fins d'instrumentalisation que nous voulons éviter. EYDEMA et AGBOYIBO nous donnent des exemples à ce sujet. Notre position sur ce sujet est donc claire et elle est bien précisée dans notre programme; notre Parti considère le droit de croire ou de ne pas croire comme un droit démocratique qui relève de la liberté de conscience et qui doit être préservé. La foi est une affaire privée. Nous allons terminer ce chapitre sur la question de l'affrontement verbal voire physique qui aurait la préférence des marxistes. Nous dirons simplement qu'AGBOYIBO qui a pu connaître d'autres pays que le nôtre, a certainement eu l'occasion de constater que partout il y a des affrontements verbaux, des joutes oratoires, des dénonciations et que ce que ce n'est pas une spécificité des marxistes. Il n'a certainement pas dû voir. Son refus de l'affrontement verbal n'est qu'un héritage du RPT.

Quant à la question de l'affrontement physique, nous posons seulement la question suivante:

        -       Qui est responsables des milliers de morts dans notre pays ?

       -       Est-ce les marxistes «partisans de l'affrontement physique» qui ont assassiné, en février 1994, le député du CAR Gaston EDEH  et ses compagnons ?   - Est-ce les marxistes qui ont assassiné les militants du CAR à Agbandji en Août  1993 ?

 AGBOYIBO ne les a pas seulement oubliés à cause de sa haine viscérale du marxisme; il les a sacrifiés sur l'autel de son ambition et de son intérêt personnels. Nous pourrions aussi disserter sur son régionalisme et son tribalisme pour compléter son portrait. Mais nous voyons que le peuple lui même est en train de se faire une juste idée de ce triste personnage et qui l'a déjà démasqué comme un faux amis.

Lomé, le 8 juin 2015

LE PARTI COMMUNISTE DU TOGO, PARTI DE LA REVOLUTION

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Agboyibo ou les élucubrations d’un faux ami du peuple. (Première partie)

agboyibo-2Nous avons eu connaissance, par la presse, de l'intervention d'AGBOYIBO, le 18 janvier dernier, devant la Convention des Jeunes Libéraux du CAR. Dans son exposé, le président d'honneur tentait d'expliquer à sa manière les raisons de l'échec des partis de l'opposition. Mais ce que nous constatons, c'est qu'en matière d'autojustification, d'autosatisfaction, d'autopromotion, dans l'art de tronquer les faits, de déformer la réalité pour se mettre en avant, de semer la confusion, le président d'honneur du CAR a battu une sorte de record ! Mais aussi en matière d'anticommunisme de bas étage. En tout cas, ce qui ressort de son discours, c'est la confirmation qu'AGBOYIBO est d'abord et avant tout préoccupé de sa personne et de ses intérêts, et que s'il lui arrive de parler du peuple, c'est juste pour la forme; c'est aussi la confirmation de sa connivence avec l'autocrate EYADEMA en tant qu'agent de son système.

Pourquoi les différentes coalitions tentées par les partis d'opposition ont-elles échoué ? C'est à cette question qu'il prétend apporter une réponse. En guise d'explication AGBOYIBO parle d'idéologie. C'est parce que dit-il pour se mettre ensemble conformément aux appels du peuples, les partis politiques ont dû mettre en veilleuse leurs idéologies, et il en est résulté des cacophonies. Mais en quoi le fait de mettre en veilleuse ces idéologies, forcément différentes aurait-il entraîné ces «cacophonies» ? Et d'ailleurs en quoi consistaient ces différences idéologiques que ces partis auraient prétendument mises en veilleuse ? AGBOYBO se garde d'apporter une quelconque précision ou explication à ce sujet. Et pour cause; cette question de différences est une pure fiction.

A ce sujet, lorsque par exemple AGBOYIBO, à la mort d'Eyadema déclare «qu'il n'y a pas que le clan Gnassingbé pour servir les intérêts de la France; et qu'il y a une nouvelle génération prête à faire de même», il montre qu'il n'y a pas de différence idéologique entre lui et ce clan; de même lorsque le reste de ceux qui se disent opposants n'ont rien trouvé à redire à la déclaration du leader du CAR et se coalisent même avec lui, ils montrent eux aussi que les différences idéologiques avec lui n'existent pas. En réalité le pouvoir d'oppression anti populaire et ceux qui se disent ses opposants partagent la même idéologie. On peut déjà mesurer cette affinité idéologique aux termes qu'AGBOYIO emploie pour désigner EYADEMA: c’est «le Président», le Général; ajoutons aussi le terme de «mouvance présidentielle». En tout cas ce sont des termes de légitimation; et il n'est pas question chez lui de parler de dictateur, d'autocrate, de tyran; à peine une vague allusion à «l'adversaire».

Cette idéologie que tous ont en partage, qu'ils soient ou non au pouvoir, a un nom: c'est l'ambition personnelle, l'intérêt personnel au dessus de toute autre considération. Cette ambition individualiste propre à la bourgeoisie, est manifeste dans l’organisation des partis qu'ils ont créés et qu'ils dirigent: ce sont autant de répliques du RPT/UNIR. Comme ce dernier, en effet, ces partis n'existent que pour assurer la promotion des dirigeants. La démocratie chez eux ne va pas plus loin que leurs intérêts personnels. Les débats politiques ne se réduisent des querelles d'ambitions personnelles. Par ailleurs, la soumission néocoloniale à l'impérialisme, la conciliation comme arme politique ne sont que la conséquence de cette ambition individualiste. Si AGBOYIBO s'est déclaré prêt à servir les intérêts de l'impérialisme français, c'est parce qu'il espérait en retour un appui de ce dernier dans la course au pouvoir; si tous se disent partisans du dialogue et de la conciliation, c'est tout simplement parce qu'ils considèrent la voie du putsch comme bouchée.

Les questions idéologiques dont il parle ne sont donc en réalité que des querelles d'ambitions personnelles. Un autre trait qui les caractérise et qui est aussi la conséquence logique de leur ambition individualiste, c'est leur mépris pour le peuple. Pour AGBOYIBO et ses semblables, le peuple ne doit juste servir que d'instrument pour exercer par ses manifestations «sans violences» des pressions couplées avec les pressions des organismes internationaux pour amener le pouvoir à ouvrir la voie au dialogue. L'idée d'un peuple maître de son propre destin leur étrangère. D'où leur recours constant à la prétendue «communauté internationale». Car le rôle essentiel doit leur revenir à eux les dirigeants, qui ont les capacités requises pour négocier et obtenir des acquis.

AGBOYIBO ne s'est pas privé de se vanter de ce qu'il appelle des «acquis», qu'il présente comme la preuve de la confirmation par l'expérience de la justesse de son idéologie «Les expériences que j'ai vécues de 1987 à 1991, à la tête de la CNDH et du FAR, en 1999 à l'occasion des négociations de l'Accord-cadre de Lomé et récemment en 2006 en dirigeant les travaux de l'APG m'ont convaincu que la conscience la plus fermée à la lumière peut s'ouvrir à tout moment au bien pourvu qu'on sache y procéder». Car poursuit-il «toute personne humaine quelle qu'elle soit et quoi qu'on en dise est porteur d'une étincelle du bien, de l'étincelle divine. Par accumulation des décombres, il arrive souvent que l'étincelle divine soit ternie au point de laisser croire qu'elle est éteinte. Mais ce n'est là qu'une impression. Car sous les décombres et malgré le poids des décombres l'étincelle divine est toujours présente. Elle peut à tout moment briller de nouveau pourvu que les circonstances concourent à la mettre en mesure de s'affranchir des décombres pour renouer avec la lumière divine».

Notre homme veut bien reconnaitre «qu'il aurait été illusoire de penser que le Président EYADEMA pouvait de lui-même sur de simples conseils à force d'exhortations ou de dénonciations se remettre en cause». Mais ce n'est pas pour autant une raison pour remettre en cause sa politique, au contraire: Il fallait par des manifestations «non violente», dit-il, par l'implication des organisations internationales des droits de 'l'Homme amener EYADEMA à s'ouvrir au dialogue. Il donne à cette «ouverture» le nom d«'d'éclosion», «une émanation de l'étincelle- amour qui implique «la mise en confiance de l'adversaire par le respect de sa dignité et l'effort d'empathie pour déceler ses inquiétudes ses intérêts inexprimés et ses ressentiments de façon à les prendre en compte pour dénouer les blocages...».

De ce fatras nauséabond, où la mauvaise foi le dispute au mépris du peuple, de ses milliers d'emprisonnés, de torturés, de massacrés, d'assassinés, nous retiendrons qu'AGBOYIBO ne parle plutôt de «tout être humain» d'un homme en général, alors qu'il est question ici d'un homme réel, d'un homme concret d'un tyran d'un autocrate responsable de crimes abominables ! En effet, si nous suivons AGBOYIBO dans sa logique idéologique, nous devons condamner le peuple tunisien, le peuple égyptien, le peuple burkinabé. Ces peuples n'ont pas attendu «l'éclosion de l'étincelle-amour» chez leurs tyrans; ils ne sont pas du tout préoccupés de la «mise en confiance de l'adversaire par le respect de sa dignité et l'effort d'empathie pour déceler ses inquiétudes, ses intérêts inexprimés et ses ressentiments de façon à le prendre en compte pour dénouer les blocages». Non ! Ils n’ont pas été embobinés par des AGBOYIBO locaux ! Ils n'ont éprouvé aucune empathie pour leur tyran; ils ont jugé, à l'instar de tous les peuples du monde qu'un autocrate doit être combattu, ils les ont combattus et les ont chassés. ! Mais chez nous, 25 ans après la glorieuse insurrection d'octobre 1990, c'est le même régime d'oppression que nous continuons de subir; le fils de l'autocrate a succédé à son père après un putsch militaire resté impuni, suivi d’un putsch électoral. Et c'est dans ces conditions qu'AGBOYIBO se permet de parler d'acquis ! Comment peut-on oser parler «acquis» ? Voyons ce qu'il en est dans la réalité...

DES ACQUIS AVEC AGBOYIBO ? PARLONS-EN

Déjà une conclusion s'impose à l'évidence: la multiplication de ces «acquis» est elle-même en soi la preuve de leur inanité, la preuve que du point de vue de la démocratie, ce ne sont que du bluff. Par exemple si après l'Accord cadre de Lomé de 1999, il a fallu encore négocier pour signer en 2006 un Accord Politique Global, c'est bien que l'Accord-cadre de Lomé n'a servi à rien. On peut en dire tout autant des autres accords, pour lesquels les promoteurs ont assez d'imagination pour trouver des noms différents. Entrons un instant dans le détail de ces prétendus acquis pour lesquels AGBOYIBO s'est tressé tant de lauriers 

gnassingbe-eyadema1L'exemple de la CNDH.

En 1985-1986 l'autocratie déchaîne une vague de répression à travers le pays. De nombreux compatriotes sont arrêté, incarcérés sans jugement, torturés voire assassinés. Parmi les victimes de cette répression barbare, il y avait de nombreux salariés licenciés «pour abandon de poste» ! La situation ne permettait pas alors de mener une campagne de protestation à l'intérieur du pays, et c'est dans la diaspora que l'essentiel a été organisé. Elle a été très efficace et la fondation en 1987 de la CNDH n'y est d'ailleurs certainement pas étrangère. Sous les pressions multiformes, EYADEMA a donc fini par relâcher les détenus. Mais ceux parmi eux qui étaient des salariés n'arrivaient pas à retrouver leurs boulots parce que leurs employeurs craignaient les foudres de l'autocrate s'ils les reprenaient. Alors ils sont allés voir AGBOYIBO, nommé à la tête de la CNDH qui venait d'être créée, pour lui demander d'intervenir auprès de ce dernier. La seule réponse qu'ils ont eue de sa part a été de leur dire de faire preuve de patience et d'«'attendre que le Général soit de bonne humeur». Voilà ce à quoi s'est limitée l'intervention de la CNDH ! La CNDH n'a donc été qu'une vitrine de propagande pour l'autocratie, et AGOYIBO un faire-valoir.. Mais un faire valoir qui a su profiter de l'occasion pour gagner en notoriété, se faire une stature, tisser des relations en tant que chef d'un organisme se disant humanitaire.

A propos du FAR.

Nous sommes en mars 1991. Cinq mois auparavant, le peuple togolais s'est soulevé à Lomé au cri de EYADEMA démission !: C'est le début d'un grand mouvement insurrectionnel qui va embraser tout le pays. Le pouvoir a beau frapper, c'est en vain; il est acculé, sur la défensive. Justement en ce mois de mars; une grève générale se prépare. C'est alors qu'on annonce la création du FAR (Front d'action pour le Renouveau) avec à sa tête AGBOYIBO, et l'ouverture prochaine d'une rencontre Gouvernement-Opposition, A l'annonce de cette nouvelle, notre Parti a aussitôt fait diffuser un tract pour mettre en garde, et expliquer que cette annonce était une tentative pour casser la dynamique du mouvement insurrectionnel. Notre mise en garde était fondée sur les leçons de l'Histoire  et de l'expérience des peuples. L'Histoire nous enseigne, en effet, qu'un mouvement insurrectionnel populaire peut être vaincu par un rapport de forces défavorable; qu'il peut s'arrêter de lui-même faute de disposer de la force nécessaire, mais qu'en aucun cas on ne doit arrêter un mouvement insurrectionnel populaire en marche, sous prétexte qu'il est possible d'atteindre le mêmes objectif par la négociation. C'est une règle d'or, qu'ont encore confirmée les mouvements populaires qui se sont déroulés ces derniers temps sur notre continent, y compris très près de chez nous: on sait où en serait encore le peuple burkinabé aujourd'hui s'il avait prêté oreille aux promesses de COMPAORE et n'avait pas marché sur l'assemblée nationale fantoche pour la mettre hors d'état de tripatouiller la constitution.

Mais il faut reconnaître que chez nous, nous ne sommes pas parvenus à faire entendre comme il le fallait nos mises en garde. Cela était dû, sans aucun doute, à la faiblesse du Parti et du courant de la démocratie révolutionnaire en général. C'est donc le courant conciliateur, le courant de la démocratie par la négociation qui a imposé son point de vue, et avec la création du FAR, AGBOYIBO est apparu au moins pendant un certain temps comme le chef de ce courant. Il faut dire qu'il a tout fait pour parvenir à ses fins, y compris l'exploitation éhontée de la crédulité publique. On se souvient de cette rumeur qui a longtemps circulé à l'époque, à propos de sa prétendue disparition mystérieuse avec le fauteuil d'Eyadema lors d'une prétendue bagarre avec à ce dernier. C'est donc ainsi qu'AGOYIBO qui jusque là était connu pour être l'avocat des sociétés d'Etat, et pour sa proximité avec l'autocrate, a pu se tailler un costume d'opposant en chef, et se présenter comme l'homme capable, grâce à sa force mystique, de tenir tête à Eyadema. Les seuls bénéficiaires de ces prétendus acquis dont parle AGBOYIBO à propos du FAR, c'est l'autocratie et AGBOYIBO lui-même: le pouvoir autocratique auquel cette première manœuvre de diversion a offert un précieux répit, AGBOYIBO qui, pendant ce temps a pu passer pour l'opposant en chef, et ainsi et disposer un moment d'une longueur d'avance sur ses rivaux, en particulier sur Edem KODJO et Gilchrist OLYMPIO. Aucun profit pour le peuple ni pour la démocratie. Justement AGBOYIBO et ses compères ont toujours mis en avant à propos de ces prétendus acquis, la loi d'avril 1991 autorisant la création des partis politiques. C'est tout simplement travestir «la réalité». Nous rappelons qu'au début de l'année 1990 le pouvoir affirmait encore que d'après une prétendue enquête, le peuple togolais ne voulait pas du multipartisme. Or, moins d'un an après voilà que le même pouvoir autorise la création de partis en dehors du RPT !

Comment donc expliquer ce revirement ?

C'est qu'entre -temps s'est passé un certain 5 Octobre. Pour AGBOYIBO et ses compères qui veulent se mettre en avant et s'attribuer un rôle décisif, ce mouvement n'est qu'un simple moyen de pression, l'essentiel étant dans le dialogue qu'ils ont engagé avec EYADEMA en s'appuyant sur la pression populaire et sur la pression de la «communauté internationale». C'est d'ailleurs la pratique habituelle des faux amis du peuple. Mais comme nous l'avons déjà dit il suffit de regarder la situation que nous vivons aujourd'hui et de faire appel au simple bons sens pour comprendre combien tout cela est faux: en effet si le dialogue et la négociation pouvaient convertir un régime de dictature anti populaire en démocratie, le Togo serait au premier rang des pays démocratiques au moins sur notre continent, à voir le nombre de négociations et de dialogues menées chez nous !

Prenons donc un exemple concret, celui de la presse. Quelques jours après le 5 octobre 1990 l'autocrate fait promulguer, le 30 novembre 1990 une loi destinée à juguler la presse privée qui commençait à se développer et à s'imposer à la faveur du mouvement insurrectionnel d'octobre. Or, pendant toute une période cette loi n'a jamais été appliquée, ainsi le procès intenté au journal Forum Hebdo en janvier 1991 n'a jamais eu lieu. Pour une raison bien simple: janvier 1991, ce n'est pas très loin d'octobre 1990: la justice et les magistrats n'ont pas oublié que c'est le procès des distributeurs de tracts qui a déclenché la grande insurrection d'octobre. Ils n'ont donc pas osé ouvrir un autre procès. La liberté de la pesse s'est ainsi imposée dans les faits. On peut en dire de même des autre droits et libertés. Elles étaient sans doute précaires, mais c'étaient des conquêtes du peuple parce que le peuple avait réussi par son insurrection à ébranler l'appareil d'Etat. Les faux amis du peuple se sont contentés de profiter de la situation de faiblesse du mouvement démocratique révolutionnaire.

Le cas de l'APG.

Un autre titre de gloire dont se pare AGBOYIBO c'est l'APG. Il se félicite d'avoir dirigé les travaux qui ont abouti à la signature de cet accord. Mais qu'en est-il de cet accord en réalité ? Revenons donc un an en arrière. 5 Février 2005, on annonce la mort de l'autocrate EYADEMA. Aussitôt une clique d'officiers place Faure GNASSINGBE à la tête de l'Etat, en violation des dispositions constitutionnelles prévues. C'est un véritable putsch. En principe un putsch, une atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, est une faute qui mérite une sanction non négociable; on le condamne, on demande des comptes aux auteurs et on les sanctionne. Pour ceux qui se disent des défenseurs de «l'Etat de droit», la moindre des choses qu'on était en droit d'attendre d'eux, c'est qu'ils fassent appliquer le droit. Nous connaissons les arguments qu'ils avancent en guise d'excuse: ils ne peuvent rien contre les militaires. Mais une sanction morale et politique était largement à leur portée. Ils pouvaient prononcer une condamnation sans appel du putsch et des auteurs, et les déclarer hors la loi; ils pouvaient en conséquence refuser toute rencontre, toute tractation avec FAURE; dans le même sens rien ne pouvaient les empêcher de rejeter une candidature éventuelle de ce dernier aux élections présidentielles et de boycotter tout scrutin où il serait candidat. C'était une manière de rendre son illégitimité la plus visible possible; c'était aussi la marque d'un minimum de respect pour le peuple qui se faisait massacrer, en même temps qu'une leçon de morale politique que pouvait dégager une attitude exemplaire de leur part. Au lieu de cela ces défenseurs de«l'Etat de droit» ont commencé à parler de «retour à l'ordre constitutionnel normal», ce qui n'était en réalité qu'un premier pas vers la légitimation du putschiste; puis ils ont continué en cautionnant le tour de passe-passe de la démission bidon de FAURE, et de la nomination d'un président fantoche en la personne de BONFOH; puis ils ont fait croire que l'essentiel était de s'unir, et qu'un candidat unique pouvait gagner les élections. On connaît le résultat d'ailleurs prévisible.

yawovi-agboyiboLa nomination d'AGBOYIBO en 2006 comme premier ministre à la suite d'Edem KODJO, ce au nom de "l'ouverture", n'est qu'un pas supplémentaire dans cette sordide manœuvre de légitimation. Il revenait à AGBOYIBO d'achever cette manœuvre, et c'est bien ce qu'il a accompli avec la signature de l'AGP. L'APG n'était que cela. Le CAR le reconnaît lui-même dans son communiqué du 19 février 2015 où sa direction, de manière opportuniste, fait semblant de découvrir «la mauvaise foi dont le régime a fait preuve dans l'application de l'APG». Mais AGBOYIBO entre temps a pu occuper le poste de premier ministre, et profiter des avantages afférents, ce qui était pour lui certainement le plus important. Au total on peut dire que dans ses divers activités AGBOYIBO, quoi qu'il dise, s'est d'abord surtout préoccupé de s'imposer sur la scène politique, d'étoffer ses relations d'occuper de hautes fonctions de bénéficier de retombées financières lui permettant d'entretenir son train de vie. Bref, qu'AGBOYIBO est d'abord et avant tout un homme qui bosse pour lui-même.

AGBOYIBO au cours de son intervention s'est laissé aller à quelques considérations sur les «marxistes» sur lesquels il nous paraît nécessaire de nous arrête un instant. Le constat que nous pouvons faire d'emblée c'est sa méconnaissance du marxisme et même de l'histoire du Togo. En effet, il parle des marxistes comme des «nouveaux venus». C'est historiquement faux. En effet déjà la JUVENTO avait des marxistes dans ses rangs, des compatriotes qui, pendant leurs étudies en France, avaient pris contact avec le Parti communiste français (PCF), attirés par les positions anticolonialistes de ce parti. Godwin TETE qui passe son temps aujourd'hui à citer MARX et LENINE à tort et à travers, peut en témoigner.Un marxiste ce n'est pas un individu qui se promène avec une étiquette d'identification. Ainsi nous pouvons dire que parmi les victimes de la vague de répression des années 1976-1977 et 1985-1986, il y avait des marxistes. Quand au cours de ces années, l'autocrate et sa bande parlaient d'«idéologies importées» et «d'idéologies étrangères», de quoi et de qui parlaient-ils ?

Nous croyons avoir compris la raison de cette confusion chez AGBOYIBO. En effet à la faveur du mouvement insurrectionnel populaire, de nombreux compatriotes exilés sont revenus au pays et ont commencé à mener des activités politiques sur le sol national. Très vite sont apparus des rivalités, des conflits de leadership entre ces derniers et les autres qui occupaient la place. AGBOYIBO qui est ignorant du marxisme a tendance à prendre ces nouveaux venus pour des marxistes. A première vue, nous ne devrions pas nous sentir concernés. Le marxisme n'est pas venu dans la foulée du mouvement populaire d'octobre 1990. Nous rappelons que le Parti communiste du Togo a vu le jour pendant les moments les plus sombres de notre histoire en mai 1980. Dès sa naissance, il a ouvertement combattu le pouvoir autocratique par diverses actes et manifestations. La combativité du PCT avait poussé l'autocrate Eyadema à déclencher une horrible répression contre le peuple et entre autres des arrestations dans les rangs des marxistes.

Bref, le Parti Communiste du Togo n’a pas été fondé dans le but de profiter d’une circonstance favorables pour satisfaire les ambitions personnelles d’un ou de quelques individus. Il ne se bat pas pour quelques sièges de députés, ou quelques portefeuilles ministériels. Il est né bien avant le mouvement insurrectionnel populaire d’octobre 1990, pour répondre à une nécessité historique:Conduire la classe ouvrière et le Peuple vers la démocratie véritable, la démocratie révolutionnaire. C’est cette nécessité qui explique sa ligne politique, laquelle se fonde sur le marxisme-léninisme. N'en déplaise aux historiens bourgeois qui aujourd'hui tentent d'occulter et de banaliser le travail politique et organisationnel des communistes au Togo. Ainsi donc en 1990, le PCT n'était pas un nouveau venu; et il n'avait pas de question de leadership avec AGBOYIBO; parce qu'il ne poursuit pas le même objectif que ce dernier. Mais les énormités qu'AGBOYIBO a débitées à propos des marxistes, concernent fatalement le marxisme en général, et d'ailleurs il n'est pas rare de retrouver ces mêmes énormités sous d'autres plumes. Une mise au point de notre part s'avère donc nécessaire, ne serait-ce que dans un souci de clarification. A SUIVRE !

Lomé, le 2 mai 2015

LE PARTI COMMUNISTE DU TOGO, PARTI DE LA REVOLUTION

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BURKINA-FASO : NON AU COUP D’ETAT MILITAIRE CONTRE REVOLUTIONNAIREPCRV

Notre pays, la Haute-Volta dite Burkina Faso, vient de connaître le 17 septembre un coup d’Etat militaire fomenté par la fraction fascisante de l’armée néocoloniale, le Régiment de Sécurité Présidentiel tristement célèbre. Les putschistes ont au préalable pris en otage le 16 septembre le Président du Faso, Chef de l’Etat, le premier ministre et des ministres. S’en est suivi la dissolution du Conseil National de la Transition, du gouvernement et la proclamation de prise du pouvoir du Conseil National pour la Démocratie présidé par le patron du RSP Gilbert Djendéré, ancien chef d’État-major de la Garde Présidentielle de Blaise Compaoré. Ce coup d’Etat militaire survient après une série d’actes montrant les ambitions de reconquête du pouvoir politique « le paradis perdu » par Blaise Compaoré et ses alliés du CDP et du Front républicain suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

Le 30 décembre 2014 le Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) a interrompu le conseil des ministres ; le 24 février 2015, il a empêché la tenue du conseil des ministres et suscité des inquiétudes légitimes au sein du peuple. Par ailleurs cette contre offensive constitue une plan d’organisation de forces militaires et de réseaux économiques à partir de la Côte-d’Ivoire utilisée comme base arrière pour des menées de déstabilisation de la Transition. 

Blaise Compaoré a noué dans ce pays des alliances politiques et militaires pour restaurer par la force le pouvoir déchu de son clan mafieux, au besoin en plongeant notre pays dans le chaos.

La classe ouvrière, le peuple (dans ses différentes composantes), la jeunesse sur l’ensemble du territoire national indigné et en colère légitime, sont debout pour s’opposer avec courage à cette forfaiture qui entre dans les plans de la contrerévolution pour briser le mouvement insurrectionnel. Les organisations démocratiques et révolutionnaires notamment la Coalition Contre La vie Chère, la Fraude et l’Impunité (CCVC), les organisations syndicales appellent à la résistance organisée et à la lutte. Le peuple insurgé affronte dans les rues éléments du RSP, brave la répression pour exprimer son rejet du putsch militaire. A ce jour, cette répression barbare a provoqué une vingtaine de morts et plus de 60 blessés.

Dans cette situation grave qui peut dégénérer en une guerre civile réactionnaire, le Parti Communiste Révolutionnaire (PCRV) appelle le peuple à dénoncer et combattre ce coup d’Etat militaire jusqu’à l’éviction de cette junte militaire du pouvoir.

Le PCRV appelle le peuple à dénoncer et à combattre le putschisme et tous les fauteurs de guerre civile réactionnaire aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur et à s’opposer à toute intervention militaire étrangère dans notre pays.

Le PCRV exige :

-        la dissolution totale du Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) source d’instabilité pour le pays et d’insécurité pour le peuple.

-        La libération immédiate et inconditionnelle du Chef de l’Etat , du Premier ministres et des ministres arrêtés.

Le PCRV appelle : 

-        Les Forces de Défense et de Sécurité surtout les officiers , sous officiers et hommes du rang , patriotes , démocrates et révolutionnaires à ne pas utiliser les armes du peuple contre lui.

-        Les différentes composantes du peuple à s’organiser et à entrer en résistance avec courage et détermination jusqu’à la reddition de la junte militaire putschiste.

Dans ces moments périlleux de la situation dans notre pays, le PCRV se tiendra fermement sur les barricades avec le peuple dans ses luttes pour une alternative révolutionnaire à la crise

 NON AU COUP D’ETAT MILITAIRE CONTRE REVOLUTIONNAIRE !

 NON AU PUTSCHISME ET A LA GUERRE CIVILE REACTIONNAIRE !

 DISSOLUTION DU RSP , INSTRUMENT DE RECONQUETE DU POUVOIR PAR LE CLAN COMPAORE ET SES ALLIES

 PAIN ET LIBERTE POUR LE PEUPLE

Parti Communiste Révolutionnaire  Voltaïque

 Le 17 septembre 2015

 Le Comité Central

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